Interviews

Julien et Christelle


Interview réalisée en Décembre 2007

J’ai d’abord connu Julien en 2002. Je prenais du plaisir à lui dire des conneries mais au fil des années, on a appris à se connaître et à s’apprécier. Je n’avais jamais trop parlé avec Christelle pendant quelques temps, je la trouvais froide sans lui avoir jamais adressé la parole. Pendant longtemps elle n’était pour moi que « la copine de » mais lorsqu’on a commencé à parler ensemble je me suis dit « pourquoi ne l’ai-je pas fait plus tôt ?! ». Il et elle ont accepté de répondre à mes questions pourries mais chacun de leur côté et sans se lire avant de m’envoyer le résultat. Cet exercice précise à nouveau leur complémentarité.

Hello les ami-e-s! On va commencer par parler du "passé". Vous avez arrêté SHALLNOTKILL en juin 2006. Je sais que ça n'a pas été facile pour vous, est-ce que ça vous manque encore aujourd'hui? J: Yo Jeff. Bah disons que mettre un terme à 6 années d’aventures communes ce n’est à mon avis jamais simple. C’est toujours un peu douloureux. Mais on se revoit tous les 4, on s’apprécie beaucoup, et on a des aspirations différentes, et du respect et de l’intérêt pour ce que nous faisons les uns et les autres. On se voit moins souvent, on ne répète plus ensemble, mais il y a toujours cette histoire commune qui nous lie. Et on ne cherche pas à s’en défaire. Par contre je ne dirais pas, à titre tout à fait personnel, que SHALLNOTKILL me manque. Ce qui me manque c’est de passer du temps avec les deux frangins, mais je crois qu’avec SHALLKOTKILL, on avait fait le tour du sujet.
C: Un an et demi après la fin du groupe, je peux dire que le plus dur n’a pas été d’arrêter Shallnotkill en tant que formation musicale, mais de me dire que c’était la fin d’une histoire qui aura duré six ans et qui a beaucoup compté pour moi, notamment humainement parlant, car on aura appris énormément les uns des autres. Bizarrement, c’était un peu comme la fin d’une relation amoureuse avec ce sentiment de manque effectivement. Mais à un moment donné, il faut passer à autre chose, ce qui a été le cas (sans pour autant avoir tiré un trait sur Shallnotkill, six ans, c’est pas rien). Et puis, je dois dire aussi que le passéisme, ça m’emmerde. Je pense qu’il est bien plus intéressant d’aller de l’avant pour pouvoir découvrir de nouvelles choses (car en règle générale, on a toujours à apprendre), que de regarder en arrière et se reposer sur son passé. Une page est tournée, l’essentiel étant que les relations entre nous soient restées indemnes, c’est tout ce qui compte.

Vous venez de sortir un split CD avec TEKKEN, FANTASTIKOL HOLE et MOON. Pourquoi cette sortie a pris autant de temps?
C: Effectivement, il aura fallu presque deux ans entre le moment où on a décidé de faire ce split et le moment où on l’a eu entre les mains. Pourquoi ça a pris autant de temps ? Simplement parce qu’on avait tous les enregistrements, mais qu’il nous manquait l’artwork. Jo avait dit qu’il s’en occuperait, mais il a eu beaucoup de mal à s’y mettre, et finalement, en l’espace d’une semaine c’était bouclé.
J: Parce que faire un split avec 4 groupes et 10 labels, c’est difficile à organiser ! Y’a eu pas mal de retard. Mais bon, on était pas pressés. L’essentiel c’est que ça soit fait, et bien fait. Et je suis plutôt content de partager ce disque avec ces groupes que j’aime beaucoup.

Avez-vous toujours envie que ces morceaux sortent ou est-ce que ces morceaux ne représentent plus "grand chose" pour vous à ce jour?
J: Si, ils représentent beaucoup. C’est le « chant du signe ». Je les trouve très dépouillés, agonisants. J’aime particulièrement ces morceaux. Sans ceux –ci je crois que l’histoire n’aurait pas été « complète ».
C: Alors ces morceaux sont finalement sortis, comme quoi tout arrive ! Personnellement, je trouve que ça aurait été dommage de les avoir enregistré et de ne rien en faire. Et puis ce sont les derniers morceaux qu’on avait composés. La boucle est bouclée.

Sinon parlez moi de DOGMICIDE votre duo drone. La démo n'est jamais sortie, pourquoi?
J: Parce qu’on était pas d’accord sur le mix. Et rétrospectivement, je ne suis pas sûr que ce soit de très bons titres. Juste des expérimentations. Je doute que ça ait un intérêt pour d’autres personnes que nous.
C: Alors tout d’abord, DOGMICIDE n’a pas d’étiquette. On ne fait pas spécialement du drone, mais juste la musique que l’on a envie de faire à un instant T. On ne se pose pas de questions, on part sur des impros et il en ressort ce qu’il en ressort et basta. C’est pour ça que d’un morceau à un autre ça peut varier énormément. Pas de prise de tête, juste du feeling ! Après pourquoi la démo n’est pas sortie, simplement parce qu’on n’arrivait pas à se mettre d’accord sur le mix, et que vu qu’il n’est aucunement question de « diktat » de l’un envers l’autre, on s’est dit que si on n’arrivait pas à tomber d’accord, autant ne pas la sortir

Est-ce que vous avez prévu de continuer ce projet ou est-ce mort et enterré?
C : A vrai dire, on ne s’est pas posé la question. On est pas mal occupés tous les deux avec nos différents projets, donc du coup, on ne prend pas forcément de temps pour faire des trucs ensemble sous la forme de Dogmicide. L’été dernier, on a enregistré quelques impros (des morceaux d’une minute environ), on s’est fait plaisir à taper chacun quelques trucs de batterie (avec notre niveau de base donc un peu limité), à échanger les instruments…On a filé ça à un pote pour qu’il pose des voix dessus, mais de son côté il est pas mal pris aussi, donc peut être qu’on en fera quelque chose (pas forcément sous le nom de Dogmicide), ou peut être pas…
J : Je crois que DOGMICIDE existe toujours. DOGMICIDE, c’est le nom qu’on donne à nos travaux en duo (Christelle et moi). On a pas fait ce genre de choses depuis un moment, mais rien n’est enterré. On a enregistré tous les deux cet été quelques titres, mais un pote doit poser ses voix. Donc, ça ne sera pas DOGMICIDE.

Votre projet commun en ce moment est bien sûr MENY HELLKIN, Flo en a déjà parlé dans ce zine. Quelle(s) satisfaction(s) vous apportent ce groupe?
C: La satisfaction de jouer avec des gens que j’aime, sans se prendre la tête, de s’amuser et passer du bon temps ensemble, tout simplement.
J: MENY HELLKIN est le projet musical que j’ai le plus à cœur ces derniers temps. Je prends un plaisir immense à jouer avec mes amiEs et à passer du temps avec eux. C’est très simple, mais essentiel. Ce groupe m’apporte beaucoup de bonheur. Il est une part fondamentale de ce semblant d’équilibre qui me maintient en vie.

Je suppose que tourner à nouveau ça vous fait plaiz', quels sont vos projets au niveau des lives avec ce groupe? Tourner en Europe comme au temps de SHALLNOTKILL ?
J: Jouer, c’est un truc que j’aime énormément. On a aucun plan à moyen terme, si ce n’est celui de prendre du plaisir. Il est certain que j’adorerais tourner. Je pense qu’on en a tous envie et qu’on va essayer de s’organiser pour jouer un peu plus.
C: Evidemment ça fait plaisir de refaire des concerts. Après, il n’y a pas de projets de tournée définis. Je n’ai pas l’intention et la prétention d’aller conquérir le monde avec Meny Hellkin. Juste faire des concerts quand les occasions se présentent et que les gens veulent bien nous faire jouer. Et si effectivement on a la possibilité de jouer à l’étranger, évidemment je ne vais pas cracher dessus. C’est toujours chouette de pouvoir rencontrer de nouvelles personnes ou recroiser d’autres que tu n’as pas vu ou revu depuis longtemps.

Vous venez de sortir une démo CdR et un Lp est en cours de mastering. Ca avance vite tout ça, trop vite pêut-être? Etes vous satisfait de la tournure des évènements et des enregistrements ?
C: Je n’ai pas l’impression que ça va si vite que ça. Bien avant cette démo (quand on était encore que quatre), on avait enregistré quelques morceaux (pour sortir une démo justement), sur lesquels il restait le chant à poser. Puis Alex nous a rejoint. Du coup, on en a gardé quelques uns, et on en a composé d’autres ensemble. On s’est donc retrouvés cet été à enregistrer les morceaux qu’on avait déjà et à jammer. Du coup une démo est finalement sortie, et vu qu’on avait de la « matière » et des gens qui nous proposaient de sortir un disque, c’est ainsi que l’idée du LP s’est concrétisé. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Les choses se font comme elles viennent et voilà, je trouve ça assez chouette.
J: Trop vite ?! Non, je n’ai pas ce sentiment. On joue ensemble depuis plus d’un an, on a un batteur depuis 7 ou 8 mois. On a développé des morceaux, composé, enregistré. On se fait plaisir. On souhaite faire les choses spontanément, et se donner les moyens de réaliser quelques « rêves ». J’aimerais qu’on puisse répéter plus souvent, faire encore plus de concerts, expérimenter, composer, enregistrer. J’aimerais qu’il y ait d’avantage encore d’occasions de passer du temps avec mon groupe, tout simplement.

D'autres projets de skeud à venir?
C: Oui mais pas dans l’immédiat…
J: Oui, mais rien qui ne soit assez avancé encore pour que je précise la chose à cette heure. On a des idées, des morceaux en chantier, plein d’envies. Faut juste organiser tout ça, et on laisse les choses se faire « naturellement ».

Passons aux activités de Christelle. Premier et dernier concert avec Juby Jubs & the Sioux, groupe dans lequel tu occupes le poste de chanteuse. Ca s'est bien passé? Comment vis-tu le truc sans avoir d'instrument en main et en étant plus ou moins " front woman" (même si Fabien Simon était l'attraction principale ha ha) ? C: Et bien tout d’abord, ça n’était peut être finalement pas le dernier concert. Il se peut qu’un de ces quatre on se tape un délire à refaire deux ou trois concerts avec Violaine à la batterie (si l’occasion se présente). Et sinon, on est tous les trois bien motivéEs pour continuer à jouer ensemble et Violaine ne veut pas qu’on arrête pour autant (pour les gens qui ne le savent pas, la batteuse des Juby jubs est retournée vivre sur Bordeaux d’où elle est originaire), donc l’aventure n’est finalement probablement pas terminée… Sinon, pour répondre à ta question, oui le concert s’est bien passé. Il y a eu quelques pains, mais qu’importe, on s’est amusés comme des petits fous, l’ambiance était au rendez-vous (tu me diras, forcément avec Fab à la basse, fallait s’attendre à ce que ce soit sa fête hé hé). On ne peut pas rêver mieux pour un premier concert. Me concernant, je dois dire que ça me faisait pas mal flipper de me retrouver juste avec un micro entre les mains, ça n’a rien à voir avec le fait de jouer de la basse. Pour le coup, j’avais un peu l’impression d’être nue, et finalement il y a de ça, écrire des textes et les chanter en public, c’est un peu une mise à nu. Mais j’ai envie d’approfondir le truc, car c’est encore nouveau pour moi et c’est vraiment autre chose. Le lien qui se créé entre toi et les gens qui sont là est vraiment différent que lorsque tu as un instrument entre les mains, c’est une autre forme de communication. Ca me fait kiffer !

Votre démo vient de sortir. Es-tu satisfaite du résultat?
C: J’ai franchement été étonnée de la façon dont s’est passé l’enregistrement. On avait prévu deux jours pour les prises, et à la fin de la première journée, la moitié du chant était enregistrée. Ca a été relativement vite et super détendu alors que Violaine flippait un peu vu que c’était son premier enregistrement. Je suis vraiment contente qu’on ait fait cette démo, c’est un lien entre nous quatre, d’autant plus maintenant que Violaine est partie. Donc oui, déjà rien que pour ça, je suis satisfaite.

Mais au fait, pourquoi ce nom?
C: Le groupe existait déjà en tant que « Juby jubs and the sioux » quand je les ai rejoins. Alors, Juby jubs c’est un surnom que le chéri de Violaine (Jubert) lui avait trouvé. Et pour les sioux, Fab et Alex, un soir de débauche, se sont retrouvés à regarder « Danse avec les loups », et en sont venus à la conclusion que les sioux avaient tout compris. Alors à vrai dire j’en sais rien, car honte à moi (ou pas), je n’ai jamais vu ce film. Au final, c’est parti d’un délire et voilà.

Que vas-tu faire maintenant que Juby va s'arrêter? Est-ce qu'un autre projet au chant te botterait?
C: J’ai déjà plus ou moins répondu à la question du coup. Mais un autre projet au chant, pourquoi pas, après écrire des textes, c’est pas évident je trouve. Et puis faudrait que je trouve un peu plus de temps… Je fais aussi déjà du chant dans un de mes autres projets (Le cœur noir (saigne rouge) pour ne pas le citer, où l’on partage le chant à deux), mais avec une basse entre les mains en plus, c’est moins évident et vu le peu de pratique que j’ai en faisant les deux en même temps, je me sens plus limitée. C’est encore différent.

Passons à Julien, le bouc austrasien. T'as un split 10" en cours de pressage, ça sort quand et sur quel label?
J: C’est un split 10’’ avec NEVER PRESENCE FOREVER, projet monocéphale américain noise/ambiantet ça sort sur le label SMALL SACRIFICE, américain également. Le disque est en cours de fabrication. Je suis très enthousiasmé par ce projet. Ca me fait vraiment plaisir de faire ce disque avec ces gens.

Je crois qu'un de tes nouveaux morceaux s'appelle antifa black metal. Alors que ton Lp et CD sont très bien passées dans la scène black et doom, tu insistes bien sur le côté punk de ta démarche. Pourquoi ce besoin? Le naturel revient au galop?
J: Un morceau s’appelle en effet AFBM, pour «antifa black metal». C’est un pied de né au black metal « fasciste », plus qu’une affirmation du côté «punk» d’AUSTRASIAN GOAT. Je n’ai pas «besoin» de justifier mes positions. De toute façon, qui ça intéresse ? J’exprime mon point de vue, ma vision des choses. L’association « black metal » et fascisme n’a rien d’une évidence à mes yeux, bien au contraire. Je prends le contre-pied de ceux qui pense qu’elle est une évidence.

Il y a toujours des gars qui ne pigent rien puisque tu me disais que des groupes NSBM t'ont contacté. Ne crois-tu pas que les paroles n'étaient pas assez radicales dans tes précédents enregistrements?
J: Je me fous bien d’être «radicale» ou non. Je souhaite être sincère. Vis-à-vis de moi, et également des autres. Et je crois que les thèmes développés dans THE AUSTRASIAN GOAT sont assez clairs. Si ils ne le sont pas, libre à chacun de me contacter, et d’en discuter. Si des labels ou groupes NSBM me contactent, je pense que c’est par erreur, par méconnaissance. Je zappe.

Tu as été chroniqué dans des magazines en papier glacé et tu as même eu une pub pour ton CD dans Metallian. As-tu l'impression d'être devenu un produit du métal mainstream ou est-ce que ça te fait plaisir?
J: Non, en aucun cas. J’ai trouvé ça plutôt drôle. Je pense que ça n’a que peu d’incidence de tout façon. Mais c’est marrant, et plaisant, je ne vais pas m’en cacher. Faut relativiser un peu les choses. Ca reste super confidentiel. Je ne sors pas des camions de disques ! J’ai toute confiance aux labels qui on sorti le premier album. Ce sont avant tout des amis, avant d’être des « label managers ». Je sais qu’ils font un joli travail, et qu’ils sont tout à fait respectueux des désirs et aspirations de leurs groupes.

Pour finir sur THE AUSTRASIAN GOAT, as-tu d'autres projets de skeuds actuellement?
J: Oui, un ou deux splits doivent voir le jour avant un second album. Probablement un 4 way split CD avec THE SLAUGHTERED LAMB, ROANOKE et BENEATH OBLIVION sur Black Goat, et un ou deux split 7’’. Un CD-r 8 cm plutôt « expérimental » verra le jour d’ici peu. Blinddate et Streaks vont également sortir une réédition des titres des CD-r avec ONDO et THE DEAD MUSICIAN en LP, remixés et remasterisés, avec un titre en plus.

Tu viens de sortir ton zine "Vomi". Pourquoi ce nom?
J: Parce que c’est vraiment ainsi que je perçois la chose. Je vomis des mots, des sentiments, de façon complément désorganisée. Et puis je trouvais ça plutôt drôle comme non.

A l'intérieur tu parles de ton enfance et de ta découverte de la musique. Pourquoi as-tu ressenti le besoin d'écrire ça maintenant? Est-ce à cause de l'âge ou d'un évènement survenu dans ta vie?
J: Ce n’est pas un texte très récent. Ca faisait bien deux ans que j’avais commencé à rédiger ça. J’avais envie de coucher mes plus vieux souvenirs, histoire d’en garder une trace. Et puis en l’écrivant, je me suis aperçu que ces expériences avaient été fondamentales et j’ai eu envie de faire un zine collectif autour du thème de « l’éveil ». Ca n’a jamais vu le jours, car j’étais tout le temps emprunt de doutes quant à la pertinence de ce « pseudozine », et surtout de ce que j’avais commencé à écrire. Je ne sais plus très bien ce qui m’a conduit à écrire ce texte. Je ne crois pas que ce soit lié à un « événement » particulièrement difficile. Ce qui est certain, c’est que ça m’a mis face à des choses difficiles de mon histoire, face à ce que je suis. Ce fût d’autant plus difficile que je déteste me retourner sur le passé.

Ecris-tu ce texte dans le but de faire le point avec toi-même ou est-ce plutôt pour ranger comme il faut le passé et regarder plus loin devant?
J: Je crois que j’avais envie de classer les choses, organiser un peu ces souvenirs. Il est clair que ça m’a amené à me confronter à moi-même. Ce qui m’a fait énormément douté de moi, de ce texte, de son bien fondé. C’est étrange, je l’ai fait lire à mes parents, qui m’ont dis que certains souvenirs étaient complètement décalés dans le temps. Une sorte de « distorsion » de la mémoire…

Il n'y a pas de numéro. As-tu prévu d'écrire la suite de la nouvelle?
J: Non, pas de numéro. C’est volontaire. Avant de finir ce « pseudozine », je ne savais pas si il y aurait une suite. Je ne le sais toujours pas. Il se peut que VOMI disparaisse demain. Je ne sais pas. Je fais ça très instinctivement. En me relisant, et en en discutant avec les quelques personnes qui l’on lu, je me suis aperçu que c’était très banal, que finalement, j’avais juste essayé de retarder cet espèce de recul autistique dans lequel beaucoup d’entre nous s’enfoncent au contact de leurs congénères. Un sursaut d’orgueil social peut-être… J’ai longuement songé à la suite de cette nouvelle, sans pour le moment avoir été capable d’en écrire une ligne. Je suis sûr que j’écrirai une suite à « Je veux dormir dans la voiture rouge », mais pour le moment, je suis un peu apeuré par ce vis-à-vis de quoi je vais me retrouver pendant l’écriture. J’aimerai évoquer mon éveil affectif, mais pour le moment, j’ai du mal à me motiver à mettre les mains dans la merde…

Tu as lu ma "chronique", comment expliques que l'on se soit rapproché ainsi alors que rien ne pouvait le laisser croire à l'époque je pense?
J: Question intéressante. Je ne me l’explique pas. Je n’arrive jamais à m’expliquer pourquoi je suis proche de telle ou telle personne. Je crois que ça doit avoir quelque chose à voir avec le chaos, les « hasards »… Je suis toujours touché par ces connexions un peu mystérieuses…

Venons-en à 213 records, votre multinationale du disque. Quels sont les prochains skeuds à venir?
C: Probablement aussi un 7’’ d’un très bon groupe de potes du coin, mais je n’en dirais pas plus pour le moment.
J: Le LP de MENY HELLKIN, avec EH3 vs TS1, T’as Voulu voir Vesoul et Impure Muzik, et sans doute un ou deux split 7’’ sur lequel figurera AUSTRASIAN GOAT et un autre groupe (c’est pas assez avancé pour que j’en parle). Après ça, on verra. On privilégiera nos projets de toute façon, faute de moyens.
Vous avez bradé vos CDs et vous souhaitez faire une majorité de Lps. Pourquoi?
J: Parce que je ne vois pas le CD comme un « objet d’art total», plutôt comme un support, un « consommable ». Et les « consommables » ça ne m’intéresse pas trop. Je suis attaché au LP, j’aime l’objet, comme les démos, pour moi ce sont des objets dans lesquels l’artiste s’est impliqué à mis son cœur. Je n’aime plus le CD. Je n’ai plus envie d’en distribuer. Encore moins d’en sortir.
C: En ce qui me concerne, je n’achète plus du tout de CD. C’est un format qui ne me parle pas plus que ça, je trouve ça relativement froid et impersonnel, contrairement aux vinyles, et de plus, beaucoup moins joli. Et puis entre le son d’un CD et d’un vinyle, y a pas photo, mon choix est vite fait !

Alors que beaucoup de groupes sortent actuellement des démos CdR, est-ce que vous allez en distribué ou le Cd est définitivement pour vous un outil de l'industrie?
C: Il y a tout de même une différence entre un CD pressé dans un boîtier cristal, cellophané ou pas, et une démo CD-r. C’est plus touchant d’avoir une démo cd-r entre les mains, où tu sais que le groupe s’est impliqué pour obtenir l’objet final et que ça lui tient à cœur (pas que ça ne soit pas le cas pour les groupes qui font presser leur cd). Je trouve que ça lui donne un côté authentique. Et puis ça permet aux groupes de partager leur musique avec d’autres gens, à moindre coût. Donc oui, on continuera tout de même à distribuer des CD-r.
J: Oui, sans aucun doute. Je crois qu’il est pas mal de démos CD-r qui méritent d’être distribués. D’ailleurs on continue à sortir des CD-r (dernièrement, JUBY JUBS AND THE SIOUX et MENY HELLKIN ont sorti deux démos).

Ce zine est aussi fait pour parler de ce dont on parle peu ou pas dans ce genre d'interview. Alors comment ça se passe à la maison 213? Des clashs d'idées, de préférences pour la sortie des skeuds?
J:
Des clashs d’idées, beaucoup, et c’est important ! Les disques qu’on sort nous apporte satisfaction généralement à tous deux, même si rétrospectivement on a des préférences, et qu’on apporte chacun des choses à l’autre.
C: Des clashs d’idées, ça peut arriver, et ça me semble normal. On se rejoint sur de nombreux points, mais on n’est pas toujours forcément d’accord sur tout. Quant aux sorties de disques, jusque là on est toujours tombés d’accord, parfois ça coulait de source pour nous deux qu’on sorte tel ou tel disque (quasiment pour tous les disques), d’autres fois l’un ou l’autre avait une préférence mais on s’y retrouvait tous les deux quand même.

Et niveau sentimental, ça clash comme chez tout le monde?
C: A ton avis ?
J: Je ne sais pas ce qui se passe chez les gens. Mais oui, ça clash. On est dans des rapports d’humains à humains, donc nécessairement, ça pète.

Vous faites beaucoup de choses ensemble (concerts, distro, groupes). Avez-vous déjà eu l'impresion d'être trop l'un sur l'autre?
J: Oui.
C: Pas spécialement.

Est-ce que vos projets, qui ne sont pas en commun, sont là pour vous donner un bol d'air?
J: Ils ne sont pas là pour ça, ce n’est pas leur « fonction ». Mais ils nous apportent sans aucun doute un bol d’air, un équilibre et pas mal de satisfactions.
C: Non, ça n’est pas le but et ça n’a pas été réfléchi de la sorte. C’est aussi intéressant de faire des choses chacun de son côté, de ne pas forcément toujours fonctionner en « binôme », et ça fait d’autant plus de choses à partager.

Est-ce que tous vos projets en commun ont parfois était un frein à l'envie de vous séparer? J: Je dirais plutôt que nos projets communs ont parfois aidé à ce qu’on ne se sépare pas.
C: Non. Si on avait à se séparer, je ne crois pas que ça nous empêcherait de le faire.

Est-ce que tous vos projets en commun ont parfois était la cause d'une envie de se séparer?
J: Jamais.
C: Non. Par contre source de prises de tête oui.

Vous pensez plutôt vous compléter ou vous pensez être presque identique?
C: On a effectivement beaucoup de goûts en commun mais on est loin d’être identiques. Je dirais qu’on se complète assez bien. J: Je crois qu’on est plutôt complémentaires.

J'aime bien faire chier aussi, vous le savez, alors série de questions merdiques à propos du travail. Christelle, tu bosses à mi-temps dans un banque au Lux. Pas très punk tout ça, non? Comment fais-tu pour réussir à être le maillon de l'économie ?
C: Ben ouais, pas punk du tout. En même temps, je n’ai pas l’impression de me proclamer « punk » à tout va. La course aux points punk ne m’intéresse pas, d’autant qu’il y aurait bien des choses à dire sur ce qu’est le punk en 2007 (mais là n’est pas le débat). Alors après, même sans parler de « punk », je pourrais te poser la même question. A partir du moment où tu rentres sur le marché du travail, tu deviens un maillon de l’économie. A partir du moment où tu consommes, tu es un maillon de l’économie etc etc… Comment je fais ? J’ai parfois l’impression de mener une double vie, celle liée au travail, et celle en dehors du travail, mais en même temps, je ne crois pas pouvoir trouver un autre taf avec la possibilité d’être en vacances une semaine sur deux (puisque mon mi-temps ne m’oblige pas à aller bosser tous les jours mais seulement 3 et 2 jours par semaine), ce qui n’est pas négligeable puisque ça me permet donc d’avoir d’autres activités à côté (je ne crois pas qu’en bossant environ 40h par semaine je pourrais en faire autant), voilà ce qui me retiens. Je ne suis pas assez courageuse pour tout lâcher, j’aime peut être trop mon petit confort (allez, encore – 10000 points punk ah ah!).

Est-ce qu'il t'arrive de te prendre la tête au boulot à cause de tes idées? Est-ce que tes collègues connaissent tes groupes?
C: Evidemment, surtout quand ça cause politique, t’imagine pas les énormités que je peux entendre, je pourrais écrire des livres en 50 tomes. Mes collègues savent effectivement que j’ai des groupes, mais ont bien du mal à comprendre que je ne veuille pas en vivre...

Vous ne payez pas réellement de loyer grâce à la maison de la grand-mère de Christelle. Est-ce que vous êtes toujours opposé à l'idée de propriété?
C: L’idée d’avoir à bosser toute ma vie sans relâche pour rembourser un crédit de dingue ne m’enchante guère, pas plus que celle de filer de la tune à un proprio d’ailleurs. Et puis vu nos salaires, le problème est vite réglé.

Une spéciale relou pour Jul. Tu a choisis pour nom de projet solo THE AUSTRASIAN GOAT. Ca fait pas trop patriotique comme idée? Y'en a qui ont commencé par prôner leurs ancêtres vicking avant de tomber dans le nazisme. Tu n'as pas peur des ambiguités que ça peut créer? Ne trouves-tu pas que faire des rapprochements avec les "ancêtres régionaux" c'est à la mode?
J: « A la mode », je ne sais pas… Sans doute les gens cherchent-ils des repères, vu que dieu est mort. Ce n’est pas blâmable en fin de compte. Mais la réappropriation des « traditions » et des « mythes » m’intéresse beaucoup. C’est ce qui m’a en un sens conduit à parler de cet endroit. Il y a derrière tout ça un côté très second degré, car personne aujourd’hui à ma connaissance ne revendique l’autonomie de l’Austrasie ou de la Lorraine. THE AUSTRASIAN GOAT n’a rien de nationaliste. J’évoque à travers ce nom et mes textes, une histoire, qui est celle de cette terre sur laquelle j’ai grandit, et où je vis depuis toujours. Je parle de ce que je connais et j’essaie de comprendre l’incidence qu’a pu avoir ce terroir sur mes choix, ma vie, mes comportements. Qu’on puisse y voir un « nationalisme » m’amuse beaucoup ! L’Austrasie n’est plus, je ne suis pas nostalgique. Je déteste la nostalgie. Je m’intéresse à l’histoire et à l’incidence de celle-ci sur le présent, sur moi. L’histoire me permet de comprendre ce présent. Rien de plus. Je crois qu’il y a une grande différence entre s’intéresser à son histoire, et au passé préchrétien, et toute revendication nationaliste ou nazi. Asseoir ses positions politiques merdiques sur des argumentaires ethniques, c’est aberrant. Les peuples celtes sont des peuples migrants, ce qui implique donc des populations métissées. Il y a énormément d’idées fausses sur le celtisme, les peuples germaniques et préchrétiens. Ces idées sont l’héritage de récits « christianisés », d’une mythologie mainte fois déformée et réécrite. Le fait que ces civilisations ne soient pas des civilisations de l’écriture laisse d’autant plus de place à toute sorte de fantasmes. Je ne m’intéresse aux mythes que d’un point de vue historique.

Sarko est passé. Vous avez été voté Ségo ou même dans ce cas il est impensable pour vous d'aller voter?
C: J’ai effectivement voté Ségo (ça fait mal), et je me demande encore pourquoi je me suis finalement décidée à y aller…
J: Depuis 1995, je me disais que je ferais toujours tout mon possible pour que ce taré ne passe pas. Aussi, le passage derrière une urne a été un sacrifice. On ne m’y reprendra plus.

Revenons-en à la zik. Vous ne faites plus de remix ou autres agissements sonores sous les noms de J213 et XTL?
J: On ne m’a pas demandé d’en faire depuis un moment, c’est vrai. Mais je suis toujours branché par ce genre de choses !
C: Ca fait un bon moment effectivement que je n’ai plus fait de trucs electro, et pour le moment, ça ne me dit pas trop de m’y remettre.

Pour finir les disques....
Les 5 skeuds qui tournent en ce moment :

J: SONIC YOUTH – evol, ORANGE BROWN – polaroid, HARAM – drescher, DEAD RAVEN CHOIR 3xLP, FRAMTID – under the ashes
C: WARSAW s/t LP bootleg, INTERPOL « Turn on the bright lights », I LOVE YOU BUT I’VE CHOSEN DARKNESS « Fear is on our side » LP, METH AND GOATS « Attack from meth and goats mountain » LP, THE KRUNCHIES «In de winkel » LP.

Les 2 meilleurs albums de black menthol :
J: DARKTHRONE – transilvanian hunger et NORTT – ligfaerd
C: Peut être pas les 2 meilleurs, mais en tout cas deux disques que j’ai adoré (n’en déplaise aux puristes du genre) : THRALLDOM « Beast eye opened to the sky » LP et CRAFT « Fuck the universe » 2xLP.

Les 2 meilleurs albums de punk/Hxc :
J: DISCHARGE – hear nothing see nothing say nothing et MINOR THREAT – first LP
C: ADOLESCENTS s/t LP et MINOR THREAT s/t LP

Un top 10 tous genres confondus :
J: Sans ordre de préférence, et à cette heure je dirais :
BOTCH – we are the romans
VAN HALEN – 1
NINE INCH NAILS – fragile
SONIC YOUTH – evol
THRALLDOM – beast eye opened to the sky
NAPALM DEATH – from enslavement to obliteration
THIN LIZZY – jailbreak
PINK FLOYD – meddle
BLACK SABBATH – Paranoid
ROBERT JOHNSON – discographie

C:
JOY DIVISION “Unknown pleasures” LP
PINK FLOYD “Relics” LP
SONIC YOUTH “Goo” 4xLP
SOCIAL DISTORTION “Mommy’s little monster” LP
ADOLESCENTS s/t LP
BIKINI KILL “Pussy whipped” LP
BAUHAUS “In the flat field” LP
BABES IN TOYLAND “Spanking machine” LP
CUT CITY “Exit decades” LP
THE BAYONETTES les deux 7” (“Stuck in a rut” + “We’re doomed”)
TWIN PEAKS saisons 1 et 2
Voilà je vous fous la paix, les derniers mots pour vous. A bientôt autour d'une glut. Merci pour vos réponses, des bises à chacun. Merci à toi et bonne continuation dans tes différents projets !

213 records  Meny Hellkin  The austrasian goat  Jubys jubs and the sioux