Brut #6


21/12/05
Je ne vois pas pourquoi je continuerais à écrire le genre de textes présents dans les numéros précédents. Ceux qui lisent ont déjà un avis sur ce dont je parle, les autres ont un avis opposé et ne changeront pas. Le message trépasse, mon utopie, mon envie, mes envies de changement se meurent. Je ne continuerais pas ainsi. A quoi bon se prendre un double revers destructif : le monde qui m’entoure ne me plaît guère et tout ce que j’essaye de faire pour le changer ne sert à rien. Toutes les alternatives possibles ne sont que temps perdus. Il n’y a aucune guerre. Il n’y a aucun ennemi. Le monde est ce qu’il est, des gens s’y plaisent et ne changeront jamais, à chacun de vivre sa petite vie comme il lui plaît. Je n’ai plus les forces de faire l’effort de donner toute ma personne pour tenter de changer quelque chose. Je préfère m’occuper toujours plus de la miss, elle qui est ma source d’apaisement, d’évasion et qui ne porte pas l’horloge me rappelant le temps qui s’écroule. Je fais un pas de géant, un pas de géant en arrière. Cette voie n’était pas celle m’emmenant vers mon idéal, ce n’était pas non plus un moyen de fabriquer cet idéal. Point zéro. J’ai fait le tour du cercle, je suis à nouveau le type égoïste qui ne pense qu’à sa vie. Ce zine est sur la pente descendante d’ailleurs. Je n’ai pas de matière à soumettre à vos réflexions. Je n’ai pas envie de partager ce que je pense de ce monde. Démerdez-vous ! Je n’ai rien à vous apporter et vous n’avez rien pour m’aider dans la quête de mon idéal (qui se finit peut-être). Il s’agit sûrement de cette bulle entourant et idéalisant ma relation. Passez votre chemin, ce zine vous décevra si vous en attendez quelque chose….

Je suis l’être romantico-naïf de mes quinze ans. Six années en arrière et me revoilà naïf as fuck. Que c’est bon de se sentir « bien », seul, enfermé chez soi, écoutant un bon vieux Kreator, ne se souciant pas du mouton zombiesque passant sur le trottoir en bas de l’immeuble. Ha oui, l’égoïsme ça a vraiment du bon.


26/12/05
Regarde par la fenêtre. Regarde ces gens. Ils savent qu’ils vont mourir et que chaque instant de leur vie est précieux. Pourtant il ne restera rien après leur mort, alors qu’y a-t-il de si précieux ? Ils savent qu’ils vont mourir et pourtant ils passent presque tout leur temps à faire des activités de la plus haute importance : travailler et dormir. Tout ça pour dire que je reste un minimum accroché à cette vie (dans le sens où je bosse pour la fac alors que je n’en ai rien à battre d’avoir ou non un diplôme, un boulot, tout ceci n’est qu’une planque) et à côté de ça je suis complètement déconnecté. Je hais les gens, je ne pense plus qu’à ma bulle. J’en suis même arrivé à me dire que la distro (et même ce zine) ne sert à rien et pourtant j’incarne la contradiction puisque j’écris encore. Vais-je sortir ce zine ? J’en ai rien à battre de ce que vous pouvez dire, tout le monde s’en fout, on espère toujours le contraire mais tout le monde s’en fout vraiment !

-- Encore une évolution ?! --



J’aimerais regarder au plus profond de mes propres yeux pour apercevoir les catacombes de mes songes. Brouillard épais, marécages glauques. Un mec est là, debout, au milieu de rien. Il gueule, je gueule de désespoir, un désespoir serein. Des larmes coulent et gueulent à leur tour. Tout s’arrête. Transpiration. Je jette cette galette sur la platine, m’approche d’une fenêtre. Je regarde le monde filer à toute allure. Ma montre a perdu ses aiguilles, la vie a une nouvelle signification.

Les gens se prennent la tête sur bien des questions à la con. Mais qu’est-ce qu’on s’en fout !!

Je me vois muet, assis sur un canapé, incapable de répondre, les questions sont tellement inutiles qu’elles ne méritent pas que j’ouvre la bouche.

Sans transition, envie de parler de toutes sortes de critiques/chroniques. Je n’ai jamais vraiment aimé faire ça et maintenant je n’en ferais plus. On s’en branle de tout ce que j’aime ou n’aime pas.

Je ne dors toujours pas et je n’en ai pas l’envie. Pourquoi perdre du temps pour rien ?


02/01/06
Je commence à lire Cioran « De l’inconvénient d’être né » (merci miss, merci Fab) et tout apparaît clairement, tout se rejoint. Notamment le lien avec la musique. En effet, je pense que la jouissance au travers de la musique ne se crée que pendant le bref moment où on la compose ou la joue. Après coup, on peut juste dire « c’était bien ». Même si j’enregistre des morceaux d’indus et que je les réécoute, ce n’est pas ça. L’unique jouissance se fait sur le moment et dure un instant. Sortir une prod n’est donc qu’une justification et un moyen de partager ce moment. Tout n’est alors qu’une question de temps, la durée d’un instant. Et pourtant aucun vinyl, aucun cd, aucune bande magnétique ne peut conserver les états d’âme et les sensations que l’on ressentait à l’instant. De même, ce zine finalement reste un journal intime. Ecrire m’apporte quelque chose de plus que la zik mais cela reste une jouissance de l’instant. Je ne relis jamais, ça ne m’apporte rien. Un texte ou une zik où est la différence ? Tout est régi par la loi de l’instant, même s’il est plus ou moins long. L’achat d’un Lp, son écoute, l’acte,…Mais une fois la jouissance passée, comme le mot le dit, ça appartient au passé. On ne vit jamais dans un réel présent, le temps s’écroule.


Des phrases à la con entre deux sommeils...
Tic tac tic tac. Le temps file, la nuit défile, je me lève bientôt mais je n’en ai rien à foutre.

L’impression d’avoir toujours chercher des réponses alors que les questions étaient simplement leurs contraires.

La vie est une philosophie, tout comme la musique ou la politique.

J’ai pris un coup de marteau sur la gueule, le réveil d’un rêve où je me réveillais.

N’est irréel que ce qui n’est pas une pensée. On peut douter de tout, mais on ne peut pas douter que l’on doute.

Je me sens bien comme je ne l’ai pas été depuis très longtemps. Je suis rassuré, ce malaise justifié me permet de m’élever au dessus de mon corps ou plutôt de plonger en moi.

Qui a dit que le bouquin de Cioran m’a influencé ?

L’homme se prend pour le sauveur de la Terre, a essayé de réduire les gaz à effet de serre, le tri sélectif,…mais c’est la Terre qui essaye de se sauver de l’homme, quitte à s’autodétruire !

Est-ce que je veux laisser quelque chose avant de crever ? Est-ce que cela sera toujours là ? Est-ce que je fais ça pour la jouissance de l’instant ? En tout cas, là tout de suite, je n’en sais rien. Mais je commence à trop composer, trop de projets, trop de morceaux. L’impression de préparer mon propre best of posthume.


08/01/06
Inutile de justifier tout ce qui forme le moi et l’évolution du moi. J’avance, je fais comme je le sens et je ne me soucie de rien.
Je passe mes jours à composer dans tous les styles qui me plaisent, je passe mes jours à me dire que je suis réellement déconnecté de ce monde. Il n’y a pas de solution. Toute lutte est inutile, rien ne changera à temps, je fais ce que je veux et j’emmerde les gens.
De ce fait, certains projets touchent à leurs termes, je ne m’oblige plus à espérer que quelque chose s’améliorera, je préfère composer seul mais plus spontanément.


09/01/06
Pourquoi on n’entend que des « je veux du travail, ça c’est la vie d’adulte ». Les gens n’ont-ils aucune autre passion, aucune autre raison d’exister ?

-- L’impression d’être un extra-terrestre ici… --



Je n’ai plus rien à raconter à mes proches, plus aucune envie de discuter, je sais d’avance que le sujet de conversation ne sera pas intéressant. J’entends tous ces gens dehors, ça m’énerve énormément d’entendre leur préoccupation à la con.

-- L’impression d’être un fantôme ici… --



J’étouffe quand je sors, jusqu’à avoir du mal à garder un équilibre pour marcher.

Je vis dans la musique, je meurs dès que je sors. Voyons le bon côté, ça me permet d’avoir plusieurs vies. L’heure tourne, je réfléchis toujours, lot de pensées qui m’obsède, impossible de fermer l’œil.


Playlist de songes

The world killed me
I hate people
The morses are immortal
Eat my brain
Burn my mind




18/01/06
Fini les délais de folie, les projets merdeux à rendre. 2 semaines de vide. Il faut donc les mettre à bon escient (?).
D’abord tourner à plus de dix disques par jour et dans le temps qui reste, visionner les films de Lynch et Cronenberg que je n’avais pas eu l’occaz’ de voir : Blue velvet, Sailor & Lula, Videodrome, Crash, Faux-semblants…Leurs univers sont excellents. Je ne décrirais pas les films ça me ferait bien chier, de toute façon c’est moi qui aime ces réalisateurs, toi, tu t’en fout sûrement.


19/01/06
Pourquoi vais-je boire un coup avec des gens qui n’ont rien à dire. Ca me fait chier. Leur vision m’importe peu, d’ailleurs ils n’ont aucun avis sur la vie et le monde qui les entoure, ils parlent de leurs niaiseries comme si on était immortel et libre. Suis-je si étranger à leurs modes, leurs centres d’intérêt, leur univers ? Je me sens bien seul chez moi, pourquoi suis-je sorti ?


13/02/06
J’avais complètement oublié le zine, je ne me rappelais même plus l’avoir commencé. Je me demande si mon détachement n’est pas trop extrême. Quand j’aperçois un truc à la con à la télé, que j’entends une zik pourrie ou vois un groupe de merde, je me sens oppressé. En général ces actions ne viennent pas de moi, genre dans un bar, chez quelque un, à un festival,…et là c’est encore pire, j’ai l’impression que l’on me force à écouter ou regarder cette merde et ça m’énerve ! Ma bulle est de plus en plus petite. Je continue à composer. Cinq prod viennent de sortir sur altsphere dont quatre de mon projet electro/indus. Je n’ai fait que ça dernièrement. Et encore, à côté on a commencé l’enregistrement des prochains THE DEAD MUSICIAN et du prochain EMMOS. J’écoute la démo tape « trans.istor » de D.YING D.ONG D.OOM. J’adore et tu t’en fous.


Ô créativité
J’ai gueulé, j’ai joué, j’ai écrit, j’ai dessiné, j’ai peint et j’en suis toujours au même point. Tout le monde le voit, personne ne le sait. Je vis ma mort. Tout est mort en moi. L’unique partie vivante qu’il me reste c’est cette créativité, cette forcenée créativité. Alors je gueule, je joue, j’écris, je dessine, je peint, pourtant je suis déjà mort. Je ne suis plus un homme, je suis un bout de créativité errante dans un corps. Je n’ai aucune image, je suis uniquement ce que je crée…mais ça, qui le sait ? Qui le comprend ? Les instruments, la peinture, les matière le savent, le représentent, l’embellissent ou le supposent…l’humain m’enterre


09/03/06
Quelques bières avec des gens qui sont soit disant des potes. Plaisir où es-tu ? Je me fais chier, je m’échappe dans la musique qui passe. Je n’ai rien à dire. Je suis loin d’eux, si loin. A l’autre bout du monde peut-être. Au fin fond d’un jungle surement. Même les lions ne m’effrayent plus. Je bois. J’hésites. Burzum pour me complaindre dans ma solitude mélancolique et dépressive ou Helloween pour éviter le suicide de mes pensées qu’un bon Filosofem m’avait inspiré. Muet je suis. Les oreilles grandes ouvertes. Oui gardien, surveille bien tes sept clés et laisse Mickael Kiske parlait de toi pendant treize minutes et quelques. De toute façon, une de tes clés est bien cachée au fond du Gatefold, ne t’inquiète pas. A travers le sang de mon imagination je vois le mal, prêt à te coller un grand coup de batte dans la gueule. Si loin déjà et ce mec qui parlait de son informatique de merde. Si loin déjà. Arriverais-je un jour au bout de cette perpétuelle désolation (putain ça me fait penser à The sins of thy belowed) et cette rage contre la vie que des gens tentent de se fabriquer. D’ailleurs ça me fait marrer les gens de la fac qui voue un culte au prof qui a réalisé le programme de la partie e métro sans chauffeur à Paris. Qu’est-ce que je fais à côté d’eux ? Je suis si loin déjà….


13/03/06

A nouveau je défie les mémoires blessées
Infranchissables sentiers du passé
Qui ressurgissent et viennent me hanter
Détruisant toute envie
Le passé ressurgit
Irrécupérable nostalgie
Fatalité d’un souvenir ancreé
Ressassant cette image mutilé
De mon corps et mon cœur déchirés
Recherchant la lumière éphémère
Hésitante émotion jetée à terre
Revivant, imaginant comme si c’était hier
Coupé en vol, cloué au sol
Cette image ne disparaît pas
Aucune raison, plus de raison
L’idée de venger la présence de ce souvenir en moi
L’omniprésence du protagoniste me fout hors de moi
Oublier le passé, brûler les mémoires blessées
Franchir le sentier, courir pour échapper au souvenir
Sans se retourner…




10/04/06
Même pas envie de vous parler du CPE et de toutes ces conneries. J’ai vu des gens qui a vingt ans passés n’ont aucune conscience politique, qui ne s’intéressent qu’à leur petite vie. J’ai entendu tellement de trucs pourris, j’ai enfin compris que même à vingt ans, il est trop tard pour faire réfléchir des gens à propos de leur quotidien. Je crois même que c’est un déclic qu’on a ou qu’on n’a pas et ça ne sert à rien de parler aux gens qui ne te suivent pas. Je n’ai plus envie d’écrire, plus envie de parler…


13/04/06
C’est bien pire que tout ce que je pensais jusqu’alors. Face au libéralisme et au capitalisme qui dévore nos vies vous ne vous sentez pas concerné. Nos voix étouffées, personne n’écoute, ou n’entend. Le fric régit leurs vies, on écrit même de la musique dans ce but, même plus dans le but de se faire plaiz. Aucun passionné ne peut gérer un rayon, seuls les grands businessmans dirigent et pourrissent tout. Face à tout ça, chacun vit sa petite vie de merde sans avoir conscience de l’ensemble, sans s’y intéresser ou parce que c’est bien comme ça. L’individualisme ! Voilà votre seul intérêt ??!!! Regardez vos petites vies, rêver de gagner plein de fric ou d’être le grand patron mais aller vous faire mettre alors ! Je vous emmerde ! Je vous emmerde si vous pensez ça ! Nous n’aurions jamais rien en commun. Je ne me soumettrez jamais à vos putain de mœurs. Mais arrêt de lire là, contacte les gens autour de toi, bouge ton cul pour proposer des alternatives ! Tout tourne au business, y’en a trop marre. Laissez couler et vous verrez bientôt les conséquences de votre laxisme. Brûlez vos banques ! J’en peux plus ! Je pète un câble, tout ça me gave, tout ceux qui m’entourent me gavent ! Pensez donc à votre fric toute la journée, dès que je n’aurais plus rien à perdre (quand j’aurais fini de sortir plein de démo et de créer mon œuvre complète) je vous buterais un par un à chaque fois que vous me parlerez de pognon, de business,…Je finirai par me buter pour éviter la tôle, bien frustrer tous les connards qui parleront de justice et pour que mes démos deviennent cultes ! En les réécoutant vous direz « Ah ouais, ils nous avait prévenu à chaque disque, il nous rappelait à l’ordre et on ne l’a pas écouté. Je ne suis pas le messie mais mourez bientôt gens pourris. Je vous hais !