Brut #9
DEADito
lundi 21 mai, two minutes after midnight
Les nombres sont infinis mais en ce qui concerne les chiffres, il n’y en a que neufs. La boucle se referme donc sur ce numéro. J’en profite donc pour m’ouvrir une dernière fois. Tu pourras photocopier ce zine si tu en as envie, mais les exemplaires qui sortiront de ma machine à encrer les pages blanches, je les offrirais seulement à certaines personnes. Ne te sens pas oublié, il n’y a aucune sélection là dedans, simplement le besoin de « parler » sans limite à certain(e)s ami(e)s tout en me donnant une impression de protection.
Tu retrouveras donc dans ce dernier numéro un résumé de trois jours à Londres, ainsi que les prémices du livre « brut ». Cinq chapitres que je ne continuerais jamais car ce que je voulais y prôner était entre autre la possibilité de vivre dans la société moderne en faisant uniquement ce qui te plaît. Or, je me rends compte ces derniers jours que je n’ai pas réussi dans cette voie. Même dans un boulot qui me plaît, avec comme « supérieur » (oui ça reste un supérieur) un pote (non pas un ami, nuance), je sens qu’on essaye de m’assujettir à ce taff.
Suivront ensuite quelques textes écrits plus ou moins récemment. Et pour clore ce neuvième volet, un texte que j‘ai eu du mal à écrire. Pas de chroniques, ni de live report. Pas d’interview de l’électro-zigoto-psyché-industriel de Giscard Le Survivant comme je l’avais prévu. Tu peux donc lire ces pages dans l’ordre sans chercher les pages chroniques pour commencer ta lecture. Eh oui, je vous connais à force.
METZ (AFP) - Passer ses vacances sur la Lune: c'est ce que propose depuis un mois sur l'internet une vraie fausse agence de voyages créée par le Conseil régional de Lorraine dans le cadre d'une campagne destinée à changer l'image de la région.
"Le site www.partezsurlalune.com, qui met en scène avec humour des offres de voyages à destination de la Lune, est en fait le premier étage d'une campagne de notoriété qui s'articule autour de la nouvelle signature de la région Un jour, vous lui demanderez la Lune", a indiqué le Conseil régional.
L'objectif de la campagne est de démontrer que la Lorraine a changé et qu'elle figure aujourd'hui parmi les régions les plus audacieuses et innovantes de France. La région a massivement investi dans l'innovation (100 millions d'euros en trois ans) et le développement durable, notamment dans la géothermie et le photovoltaïque, rappelle Jean-Pierre Masseret, président (socialiste) du conseil régional lorrain.
Le nouveau visage de la Lorraine sera également modelé par l'arrivée du TGV Est en juin 2007, par l'ouverture d'une antenne du Centre Pompidou à Metz en 2008 et par la création d'un complexe Center Parcs en 2009, ajoute la région dans son communiqué.
Cette campagne repose sur le concept dit du "marketing viral", technique de communication, jamais utilisée par une collectivité territoriale, permettant de capter l'attention des internautes pour générer de la rumeur et un phénomène de bouche à oreille sur l'internet ("buzz").
Le site a suscité la curiosité de dizaines de milliers d'internautes et a été cité dans de nombreux blogs ou forums, précise la région.
Le lancement de la deuxième phase de la campagne, dite de "révélation", aura lieu lundi à Metz lorsque M. Masseret dévoilera l'ensemble du dispositif et notamment les annonces publicitaires aux couleurs de la Lorraine qui seront publiées dans la presse nationale et régionale, et sur l'internet.
02/04/2007 : I’m flying, I’m dying !
Me voilà ici, en direction de Londres. Une ville qui me botte et je suis bien content d’y retourner après plus de 8 ans. A vrai dire je m’en rappelle très peu, quelques vagues souvenirs d’adolescent : une semaine dans une ville de la banlieue de Londres, un pote qui s’est fait rapatrier en urgence au bout de trois jours pour être opéré des intestins. Enfin voilà, je suis en route et j’aurais aimé m’y rendre avec moins d’angoisses. Morgane me regarde souriante et me dit que j’ai le teint blafard. On aurait pu y aller de diverses manières, mais voilà…un voyage en cadeau tu ne choisis pas. On s’est levé bien tôt et on a pris la voiture direction Frankfurt-Hahn. Tout est là, moi aussi. Assis trois par trois, une allée au centre, et encore trois places de l’autre côté. Bordel, je ne fais pas le malin maintenant, même pas un cd d’Immortal (ça serait de circonstance) à me foutre dans les oreilles au cas où…De toute façon, on y est et on ne peut pas redescendre. C’est la première fois que je monte dans un avion et le décollage me chope au ventre. J’ai toujours souhaité être dans les airs, libre comme un oiseau. Mais là, je ne suis enfermé dans une carcasse prête à retomber à chaque instant. Après mon agoraphobie en concert ou dans des petits bars, je me découvre une jolie claustrophobie. A vingt-deux ans, il n’est jamais trop tard pour se découvrir. Chaque variation de trajectoire me remue et me fait écrire plus vite sous l’angoisse. Les gens autour de moi lisent et matent le cul des hôtesses comme les beaufs et gros relous qu’ils sont. Ils lisent les journaux de sport, ils bouffent et ils boivent. On n’entend à peine la voix des hauts parleurs et si on nous disait « voilà tu vas crever en te crachant ! » tu ne l’entendrais même pas. Le beauf à ma droite s’agite pour avoir son café, il gigote et me fout des coups de coudes, je vais le frapper, je suis sous pression. De temps en temps je sens que mes muscles se contractent et je me relâche un peu. Hop, un bout de turbulence pour refoutre une claque à mon angoisse. Le seul aspect positif de ce vol c’est le bruit de fond, juste l’impression d’écouter un médiocre album de noise. Niveau sensation c’est un peu comme quand tu te casses la gueule dans un rêve : ça te chope au coeur et tu te réveilles en transe comme un con. Pourquoi l’homme veut-il voler alors qu’il n’a même pas de plume ?! Quelles bandes de gros cons ces humains !
J’écris n’importe quoi…ce n’est même pas par peur de chuter car si ça arrive tu crèves et y’a rien à faire. Les gilets gonflables c’est bien joli pour la déco mais si t’es pas au dessus de l’eau ça sert à rien. Un parachute aurait été plus utile, au moins tu peux crever d’une crise d’angoisse pendant ton saut. On voyage dans le grand bleu. Depuis la terre on ne doit être qu’une trace dans le ciel, que dis-je, un point ! Un atome dans l’univers, un grand n’importe quoi si minuscule ! Tout le monde à l’air relaxe, Morgane dort et moi…j’attends…j’attends l’infâme descente qui me fera monter la tension. J’ai déjà des crampes. Je n’ose bouger… « This is the first day of my last day » comme dirait l’autre.
Ha trop cool ! Les hôtesses passent pour tenter de nous vendre des tickets de loterie pour gagner un million d’euros ou une voiture, le matérialisme, le désir de richesse, le consumérisme me poursuit dans les airs ! Le pire c’est qu’elles en vendent plein !
Pourtant avant le départ, je me disais qu’après avoir passer le check en chaussette, chaussures à clous trop dangereux obligent ha ha, j’allais bouger plus souvent, au moins vers la Scandinavie au pays du black métôôôl…mais tout compte fait j’irais à la nage, ça me fera les pattes. Les gens gueulent pour s’entendre avec le bruit des réacteurs, j’en peux plus ! Le zingue c’est « Too old too cold » pour moi, même dans le bus à Metz y’a moyen de connards ! Je me dessèche mais à 2 boules les 15 ml de flotte, ils ont qu’à aller se faire foutre.
Morgane dort toujours. C’est long une heure…longtemps que je n’ai pas vécu une heure aussi longue et pesante. Allez hop, on descend en mode feuille morte, le truc qui te balance bien le bide.
Enfin sur la terre ferme, ça fait du bien. On se tape le passage à la frontière et hop on saute déjà dans un train direction le centre. Je vais avoir le temps de larver un peu pour me remettre de ce fucking vol.
On vient de redécoller, vingt minutes de retard, un énorme travail sur moi-même pour (tenter de) contrôler ma respiration. Je suis quand même angoissé et j’ai beau me dire que c’est comme le métro avec ses bruits, ses sensations…rien n’y fait. Alors voilà, c’est bien cool devoir les nuages par la fenêtre mais je vais plutôt raconter ces deux jours londoniens.
A la sortie du Stansted express, on arrive à Liverpool street. Le sac sur le dos, on a commencé, en bons touristes disciplinés, par faire le tour des monuments comme Morgane n’avait jamais mis les pieds ici. On a donc traversé un bout e la city avec toutes ses banques pourries, ses bâtiments démonstratifs qui te disent « regarde jusqu’où on peut construire en hauteur avec quelques incroyables technologies », genre les égyptiens c’étaient des rigolos. Mais là city c’est surtout des clichés ambulants en costards, le genre de mecs que je ne peux pas piffer, le genre de mecs qui ressemblent à mon beauf de frangin…paye ton transfert comme dirait les psys. Ca court dans tous les sens pour je ne sais quoi. Bref, on mate vite fait Tower of London, château classos même si celui de Monty Python’s Holy Graal est quinze fois mieux. On passe sur Tower Bridge et on arrive devant le Tate moderne, ça c’est classe, gratos alors on y va. En fait c’est un musée d’art contemporain installé dans une ancienne usine. Quoi de mieux pour attirer le mosellan que je suis, au moins je ne suis pas dépaysé dans ce bâtiment, j’ai grandis à 2m de la Sollac et j’ai respiré les poussières de ferraille pendant près de dix-huit ans, j’en ai même bouffé vu que ça retombait dans notre jardin…à part ça, ça pollue pas la sidérurgie,tu parles ! Bref, vu la chaleur et la foule de touristes on ne reste pas très longtemps. J’en avais déjà plein les bottes de marcher. On a traversé le pitoyable Millenium Bridge construit pour l’an 2000, c’est vrai que le nouveau millénaire à changer nos vies, wahouu j’en reviens toujours pas…
On s’arrête cinq minutes près de Southwark Cathedral, pour le coup d’œil à l’architecture et aux vieilles pierres. D’ailleurs sur le chemin on a vu The London Dungeon, attraction genre maison fantôme avec comme thème les instruments de torture depuis le moyen-âge…ça à l’air de marcher vu la queue de bambins prêts à payer dix-sept livres pour se faire peur. On est aussi passé devant The Clink Prison, 1ère prison d’Angleterre et qui est devenu…le musée de la prison ! Trop cool, et si on allait voir comment des monarques et gouvernements séquestrent des gens depuis la nuit des temps. C’est vraiment n’importe quoi…
On passe ensuite devant la Saint Paul’s Cathedral et on chope le métro en bouffant un casse-dale pérave qui coûte la peau du cul : une livre pour un œuf dur écrasé dans un bout de pain, faut pas déconner. On est à peine rentré dans la bouche de métro que les businessmans courent dans l’escalator en poussant les touristes qui auraient eu la mauvaise idée de rester sur la gauche. Bref, on arrive à l’hôtel dans le nord de la ville, un 7 m² avec douche et chiottes, tapisserie oldschool qui tape dans le kitsch’n’british et moquette avec fleur de lys. On ne fait pas la fine bouche de toute façon (surtout vu les prix, bordel !) même si la bouilloire électrique déconne et qu’il y a une télé de marque Bush.
Premières impressions sur ce qu’on a vu…Paris puissance quinze milles !!!!! Au secours !!!! Un tas de gens en bel uniforme qui courent, qui courent, qui ne prennent pas le temps de vivre et qui courent encore pour avoir un plus gros salaire que le voisin.
Après s’être posé un peu, on ressort en direction de Tottenham court road et de Soho pour se rapprocher des coins où il y a de la zik, de la vie, des bars et surtout pas de businessmans et pas trop de touristes! On mate quelques boutiques, on croise les fans qui attendent d’entrer voir Queen. Hop, un disquaire qui à l’air cool. Plein de Depeche Mode neuf en Lp ! Le « Violator » et le « Ultra » en plus, en réédition bien sûr. Mais bon, ils vendent les skeuds moitié plus cher qu’en France et vu le prix de la bouffe et notre budget, je préfère laissez tomber, en espérant retomber dessus un jour. On se pose dans un resto bon marché. Ce qui est cool ici, c’est que c’est pas prise de tête pour trouver de la bonne bouffe végétarienne. Il y a même plusieurs plats végétariens, j’en reviens pas ! Petite recette en passant, j’ai pris une sorte de tarte composée d’une couche d’épinards, une couche de sauces tomates, une couche de pommes de terre et je ne sais pas ce qu’il y avait sur le dessus, une sorte de croûte. On était bien crevé mais bon c’était l’heure d’aller boire une bière quoi ! Hop une pinte de Grolsch à la main dans un café-concert. C’est bien cool, y’avait pas de prix sur l’affiche mais c’est payant ! On ne descend pas dans le caveau et je commence à regarder un peu autour de nous. Putain, c’est hype ici. Pop anglaise, petit polo, classe british…Du coup ça donne pas envie de leur parler et inversement je crois. Le temps de vider la bière et on bouge. Sur le chemin on croise les businessmans du jour entrain de picoler leur rouge, cachés dans un coin. Il va être minuit, on est cassé, on n’a pas croisé un seul thrasheux ou un seul punk. Fuck it !
Le réveil sonne à sept heure. Petit dèj café en regardant Morgane manger son œuf-bacon. Le pire c’est la table d’à côté où le mec s’enfile un cassoulet avec saucisses et tout dès le matin. Ca donne envie de gerber.
Bon vu que les jambes ne suivent déjà plus, on chope un pass métro et on se casse à l’autre bout de la ville dans le coin de Big Ben et Westminster. Morgane à le sourire jusqu’aux oreilles face aux vieilles pierres de l’Abbey. On boucle ça vite fait sous une petite pluie british. On trace vers un magasin de thé en face de Buckingham palace. Morgane achète quelques trucs mais si elle pouvait elle prendrait le magasin entier. En continuant notre route, on croise la garde montée (je sais pas par qui) qui est payée (mieux qu’un ouvrier je suppose) pour amuser l’attroupement de touristes On coupe par Saint James park, on passe par Picadilly et on retombe sur Neal Square. Et là c’est classe…t’entres dans une boutique de skate, tu descends au sous-sol et it’s magic ! Un disquaire ! Ca s’appelle Rough trade et il ya que des trucs que je ne connais pas ! Et pis y’a le choix : techno/dance/pop anglaise/groupes anglais des 50’s/60’s. Je suis déçu…on passe à la maison du thé qui est juste à côté par curiosité. Il y a plein de trucs chelous genre du thé « Kir royale » à la fraise. Bientôt ils vont pondre quoi ? Du thé « gniôle de Lorraine à la mirabelle » ? eh eh. On continue notre course direction Oxford Circus pour caler des disquaires dont on avait les adresses. Y’en a deux qui sont morts mais heureusement il en restait un ultime. Excellent boutique (trop classe, trop spacieuse à mon goût) avec du métal, du Hawkwind, un peu de Black Sabbath, du Kraftwerk, bref une boutique de disques quoi. J’ai maté quelques prix et j’ai renoncé. Lâché autant de thunes pour des trucs pas si rares que ça, ça me fais chier. On fait un écart dans le quartier chinois pour vider une pinte, on cale un petit resto italien pas reuch près de Covent Garden pour choper une pizza et un coup de vinasse et on finit la soirée au souk d’à côté. C’est le marathon cette ville, c’est trop grand pour avoir la chance de tomber sur un petit disquaire au détour d’une rue. Le seul truc qu’on a croisé au hasard c’était la bijouterie où va Ozzy…à trois cents livres la bague tête de mort, on peut dire que le papy Ozzbourne c’est une fashion victim ha ha ha.
Le lendemain on traîne un peu et on rembobine : on chope le train, on fait le check, on chope l’avion et me voilà à quinze minutes de l’atterrissage, un peu déçu de ne pas avoir croisé plus de zikos et de magasins de disques, en deux jours avec les quelques adresses qu’on avait c’était chaud de trouver les bons coins…ça sera pour la prochaine fois.
Je découvre tardivement ce putain de groupe grâce au split avec Mayhem sorti en 2000. Bon Mayhem nous propose « Carnage » et « Freezing moon » enregistré en 1990 avec Dead au chant, c’est connu passons. Mais alors The Meads of Asphodel, c’est à ne pas manquer ! Groupe anglais dont les concepts sont basés sur les guerres au nom de dieu. Sur ce split le partie nommée « Jihad » nous présente des ziks hors du commun dans le milieu du black métal, et c’est bien pour ça qu jia envie d’en parler. Par où commencer ? As-tu déjà vu un groupe de black appelé des membres de HAWKWIND en guest ? Des groupes de black métal faire une reprise de HAWKWIND (hormis ZBT) ? As-tu déjà entendu des groupes de black mélanger aussi bien passages ambient, samples de discours, passages indus, samples de classique et black/heavy métal ? Je comprends maintenant pourquoi les critiques de black les ont incencidé ! C’est un ovni de la scène ! A écouter de toute urgence !
Je me remets difficile à écrire, j’avoue que je m’oblige un peu. Cela fait quelques temps que je me bats contre moi-même, contre mes rêves, contre mes envies, contre mon avenir à court terme. J’en ai lu des zines depuis mes derniers mots en ces pages, j’en ai fait des échanges de disques, j’en ai fait des enregistrements, j’en ai fait des choses…J’en ai peut-être trop fait. Je m’y suis perdu, je m’y suis vautré. Elle s’est en allé. Insensible à tout…Je suis devenu froid comme la musique que je joue. Je suis devenu aussi mort qu’une gratte qui n’est pas branchée. Je suis devenu une machine à produire, surmenée par les ouvriers qui m’utilisent durant toutes ces longues journées. Insensible à tout, je cherche à poser ma vie, je cherche à savoir où je vais et comment j’y vais…en morceaux sûrement, comme un repas fraîchement gerbé. J’ai la flemme de faire à bouffer, je n’ai plus envie de me dormir, je veux faire plein de choses avant que mon esprit déraille. Pourtant, mon esprit ne veut que s’occuper des galères pratiques à venir. Avoir un peu de fric, avoir un bout de murs pour me poser avec les amplis. Voilà tout. Ce n’est pas grand-chose. Et pourtant je vais sûrement devoir batailler sec. Je n’ai pas peur de le faire. Ce n’est même pas une question de peur ici ; c’est simplement l’envie d’avoir enfin le temps de me poser et de vivre uniquement pour ce qui me plaît. Autour de moi on pense déjà que c’est ce que je fais, mais ce n’est pas encore le cas, et ce n’est « ma magnifique entrée dans le monde du travail » (un monde à part qui me rejette comme je le fais aussi) qui va arranger ça. Je peine à me sortir de la coquille qu’est la société moderne, j’étouffe, je suffoque, je n’en peux plus et alors que la thune va me manquer bientôt, je lâche mes derniers biftons dans tous ces disques, dernière solution pour m’évader et rediriger mon esprit. Je suis la transe qu’on ressent en écoutant un bon Slayer. Je suis le néant fragile, torturé et lentement dévoré par un album de NORTT. Je suis la poussière que tu jettes par la fenêtre.
**** Introduction ****
J’ouvrais les yeux avec beaucoup de mal, mes paupières semblaient si lourdes...Le réveil raisonnait dans mon crâne, il concassait mon esprit avec son alarme stridente. Je me sentais déjà agressé. Il fallait bien ça pour me mettre hors du lit. Il était sept heures. Est-ce vraiment une heure pour un étudiant ? Incroyable routine que je réitérerais chaque jour suivant l’emploi du temps. Il n’y avait pas grand-chose à faire pour lutter contre ça. Il suffisait d’attendre l’emploi du temps du second semestre pour changer un peu la donne et découvrir une nouvelle routine. Tel un robot programmé je me préparais, puis j’avançais à tâtons dans le couloir qui menait à la cuisine. Le chat me courait déjà dans les pattes, comme si je n’avais pas déjà assez de mal à avancer dans le noir. J’ouvrais le frigo, prenais une gorgée de jus multi vitaminé, une tasse de café. Je ne prenais jamais de petit déjeuner. Qui a vraiment faim à cette heure ? Les gens se forcent à enfiler une tartine, dont ils ne ressentent pas le goût, en prévision de la faim qui pourrait venir en cours de matinée. Ils se sentent obligés de le faire, cela fait même partie de l’éducation que nos parents nous donnent. Mais à quoi bon s’imposer ce rituel diabolique qui me donne surtout envie de vomir si je le pratique de si bonne heure. J’allais donc me poser devant l’ordinateur. Un simple bouton pour lancer le vrombissement de la machine infernale. Je suis un pantin. Mes e-mails lus, je filais à l’arrêt de bus.
C’était un jour d’automne à Metz, tout semblait habituel. Les gens couraient sur la place de la gare pour ne pas louper leur train, les bus plein à craquer passaient dans tous les sens. Une danse classique, un ballet rituel, une routine impalpable et si bien installée. Mon bus arrivait avec ses trois minutes de retard habituelles. Les gens s’entassaient dans la carcasse de fer jusqu’à ce qu’on ne puisse plus bouger. Quinze minutes de trajet. Quinzes longues minutes à supporter les discussions idiotes des autres passagers. Ca parle de tout : de jeux vidéos, de la dernière cuite, de rupture amoureuse mais surtout de cours et d’avenir professionnel. Je regardais tous ces visages, j’observais la masse, j’entendais ces discussions. La dépression souriante me tendait sa main, j’esquissais un rictus. En effet, je trouvais ça drôle et naïf. Je suis censé appartenir à cette génération, me disais-je, et pourtant je n’étais qu’un étranger. On arrivait enfin à la fac. Je pouvais enfin respirer sans avoir à supporter le parfum de la masse. Je descendais et devais encore supporter la bousculade habituelle. Une fois face à la fac, je me mis à sourire en voyant ces filles avec leurs bottes horribles et toutes ces modes ridicules. Vêtu de noir, je n’étais qu’une silhouette qui montait les escaliers, une ombre dans la pénombre, un fantôme désabusé qu’on n’osait aborder. Le soleil n’était toujours pas levé et je sentais déjà que mon esprit s’emballait. Mon ventre criait famine mais tout ce que je pouvais enfiler, c’était un autre café. Les étudiants qui m’entouraient continuer leurs discussions. Je me sentais de plus en plus pris à la gorge. Etranglé par le discours de leurs soirées pourries, par l’éloge de leurs rêves de gloire et de richesse, par leur monologue sans fond à propos du mauvais enseignement que leur donne un de leur prof. Que de niaiseries… De plus en plus mon esprit s’évadait. Il cherchait désespérément l’entrée d’une bulle où se cacher, où se cloîtrer tel un moine soumis à ses dogmes idiots. La caféine lui donner la force de trouver rapidement une solution.
Il est entré
Le processus de rejet se met en marche. Rappelez-vous les machines à vapeur, le bruit, la fumée, les rouages métalliques, le clapotis des goûts d’eau, la chaleur créée. Ce bouillon de tension m’aide à penser, à errer au milieu du non soi. Cette notion tirée du bouddhisme s’est un jour imposé à moi. La reconnaissance et la gloire ne sont rien. Seules comptent les productions de notre vie. Un anonyme débordant de créativité, un anonyme donnant tout son temps à produire ce qui lui plaît et à le partager. Je sentais que j’avais l’âme artistique depuis mes jeunes ébats avec le dessin et la peinture, mais lorsque j’ai découvert la musique, que j’y ai mêlée des idées à travers mes textes et que l’art graphique allait représenter la part indescriptible des idées, j’ai découvert qui j’étais. Je n’étais rien. Un rien impalpable mais qui n’est pas pour autant le néant. C’est plutôt une trace de créativité qui erre dans un corps dont le nom importe peu. Je m’obstinais à partager et à diffuser ces créations alors qu’au final ce n’était peut-être qu’un exutoire que personne ne pouvait comprendre. Je me moque bien facilement de ces jeunes qui rêvent de diriger une boîte, qui rêvent d’avoir un bon métier, fonder une famille et tout le cliché que le système entier tente de nous imposer. Justifier la ligne, créer votre propre routine. On sait bien que vos vies ne servent à rien, alors gâchez les à des fins inutiles : procréer pour mettre vos enfants dans un monde horrible ; travailler pour pouvoir gagner des miettes et utiliser votre droit à les dépenser ; posséder pour avoir l’impression de réussir votre vie et d’être quelqu’un dans une échelle sociale dont vous êtes le seul à vous soucier. Mon esprit rejette entièrement ce schéma, et la colère monte et fragilise la bulle. Tous mes membres ressentent cette tension.
Alors que le processus de rejet venait de s’emballer, je savais très bien qu’il était inutile de parler, inutile de bouger. Le gobelet de café à la main, mon regard divagant revenait peu à peu à cette réalité. Mes yeux décodaient à nouveau l’image qui semblait cryptée. J’étais plongé dans mes pensées, un moment de réflexion, un instant d’absence totale. Voilà où me mène cette rage contre le non être. Voilà où m’emmène le désespoir. Je revois encore ces gens. Ils ont le même âge que moi et pourtant notre vie et nos envies sont si différentes. La caféine soulevait mes paupières, mes yeux sortaient presque de leur orbite, j’étais plus que réveillé, j’étais prêt à affronter un monde auquel je ne m’identifie pas. Dès les premiers murmures que j’ai perçu en sortant de chez moi, j’ai compris que cette journée serait comme toute les autres. Un long périple à travers mes pensées, une course à travers les lignes ennemies, une mutilation de mon esprit. Et voilà, qu’à peine arrivé à la fac, mon crâne se met à rugir. J’étais le roi de ma bulle, prêt à surgir pour attraper n’importe quel prédateur qui oserait s’aventurer dans la jungle de mon cerveau. Je me sentais vide. Une carcasse posant nue pour un magazine interdit au moins de dix-huit ans. Il ne manquait plus que les asticots pour pouvoir prétendre être mort. Mais s’il en avait été ainsi, je n’aurais pu achever le travail de tout un bout de vie. Je suis le morpion microscopique qui dérange, je suis le guépard dans un jardin de gazelle, je suis l’ombre qui te suit, je suis le regard sur ta vie. Je ne suis rien. Je n’attendais pas le précipice de si bonne heure. Je jouais à me faire peur, allais-je tomber ? Je marchais au bord de la falaise tentant d’apercevoir le fond du gouffre. Etait-ce ça que l’on nommé le néant ? Je croyais voir une lumière au fond qui m’appelait tendrement. Mes jambes pétrifiées, je ne pouvais plus bouger, je ne pouvais plus penser. Le processus hurle dans sa bulle. Des étudiants s’approchent. Ils parlent de leur nouvelle paire de pompes. Ils parlent de la sortie d’un nouveau téléphone portable. Il servira à tout sauf à téléphoner. Ils disent qu’ils pourront même réaliser des films de deux heures grâce à lui. Puis ils parlent d’une nouvelle voiture. Ils parlent des jantes, de sa vitesse de pointe. Ils rêvent de la rouler comme dans leur jeu vidéo préféré. Ils rêvent de la jolie blonde qu’ils pourront draguer grâce à leur carrosserie scintillante. Ils parlent et ça m’énerve. Il n’y avait alors plus que du carrelage à mes pieds.
La bulle frétillait tellement, le processus gesticulait à l’intérieur. Ils sont aussi jeunes que moi et ne pensent qu’aux biens matériels qu’ils vont amasser, qu’au regard des autres sur eux et leurs biens.
Votre vie n’était-elle réduite qu’à ça ? Posséder pour exister ; égayer la jalousie d’autrui pour vous sentir important ; apprivoiser le regard de vos désirs à travers l’insatisfaction de ceux des autres ? La bêtise de votre réalité m’attrape au col et me plaque contre le mur. Ma moquerie a trop durée, le problème de cette réalité c’est moi et non les mœurs qui l’accompagnent. La masse majoritaire suit le chemin tout tracé d’un avenir inutile et je devrais essayer de suivre la ligne, de rester sur le sentier, celui dont parlent toutes les formes étatiques. Celui qui justifie la ligne, justifiera sa vie. Je me sentais comme un bidasse qui devait supporter son chef sans avoir le droit de rétorquer. Une hiérarchie étouffante qui n’exploitait que la servitude volontaire de ma chair. J’étais devenu une flaque d’eau sur un mur. Je coulais lentement le long du crépi. Je n’étais rien, je ne suis plus rien. Je n’ai plus qu’à attendre que le torchon d’une femme de ménage vienne m’essuyer.
Le processus est apaisé, des voix connues arrivent jusqu’à sa bulle. L’eau reconstitue un morceau de chair. La bulle retourne enfin dans un corps. Apaisé était un grand mot. Quelques étudiants de ma promo passe devant moi, sans s’arrêter et sans me saluer. L’espace d’un instant j’ai eu peur qu’ils me parlent. En fait, ils étaient bien trop occupés à discuter de l’efficacité de tel ou tel algorithme. Je me mis dans leur pas pour pénétrer dans l’amphi tant que la porte était ouverte. Il y avait déjà une bonne partie de la promo, je ne les avais pas vu passer, je devais encore penser à autre chose lorsqu’ils sont entrés. Les phrases se battaient dans tous les coins tel un championnat d’escrime amateur dans un gymnase trop petit pour accueillir l’évènement. Ca parlait encore et toujours de jeux vidéos, ainsi que de programmation informatique. C’est dans ce genre de situation que l’expression « geek » ou « no life » prenait toute sa dimension. Des gens, de la même génération que moi, passaient tout leur temps sur un ordinateur ! Non pas qu’être en licence d’informatique les obligeait à le faire, mais bien parce qu’ils ne pouvaient survivre sans que la luminosité de leur écran titille leurs pupilles. Ils ressemblaient pour la plupart à leurs machines. Des automates qui ne parlaient pas et qui ne faisaient que ce pourquoi on les avait conçu : faire des études pour avoir un diplôme et espérer obtenir un bon job. Il allait être huit heures et je me demandais déjà ce que je faisais ici. J’étais déjà bien loin de leurs préoccupations. J’étais une fois de plus perdu au milieu d’une anti-réalité à la recherche de la vérité vraie, à la recherche de l’utilité de notre existence. Mais comment voulez-vous discuter avec ce genre d’individus ? Dans un premier temps ils te demandent ce que tu fous en troisième année et n’arrivent pas à admettre que tu t’es planqué et que tu as simplement bossé ce qu’il fallait pour avoir une année supplémentaire à la fac. Non, c’est inconcevable pour eux. Si tu es ici c’est que tu aimes ce que tu fais et que tu fais partie de leur clan fermé de types introvertis qui vivent un clavier entre les mains. Pourtant ma logique était simple : va à la fac pour éviter d’être soumis à un patron ; pour le reste on verra plus tard. Pour eux, tout devait se rapporter à leur monde virtuel, l’exemple le plus flagrant étant les cours d’anglais où il fallait imaginer une histoire à partir d’un sujet. Pour n’importe quel idée de départ, on se retrouvait soit dans un conflit intergalactique entre des tribus de créatures imaginaires, soit dans un complot autour de l’informatique où des hackers étaient les protagonistes. Incroyable… Ce cours était difficilement supportable. On parlait de tout et de rien et lorsque l’on était interrogé sur notre avenir, sans aucune hésitation, ils répondaient « on veut gagner plein d’argent ». Comment pouvais-je survivre aux côtés d’une telle génération ; endoctrinée et embrigadée dans la masse communautaire d’un système qui tente de nous dicter ce qu’il faut penser.
Le prof entrait alors dans la salle et j’allais devoir supporter ses blagues d’informaticien, son cours de programmation où toutes les trois phrases il dira « Ca c’est très recherché par les entreprises ». Je ne veux pas travailler, comment pouvais-je lui expliquer que j’étais ici pour attendre l’heure de ma renaissance. Jusque là je n’étais rien.
Encore quelques minutes à attendre ici. L’air commence à devenir lourd. Mon esprit s’en va, s’échappe peu à peu, alors que la voix monotone est de plus en plus lointaine. Les secondes durent des heures. La petite bulle ne cesse de se plaindre, à croire qu’elle se plait ainsi : seule, cachée au fond d’un trou que je ne cesse de boucher et de boucher encore. Mais, alors que ma vue se trouble, que mon regard ne peut plus se poser sur quoi que ce soit, je déterre cette étrange sphère. Bizarre. Je ne peux m’en empêcher. Je fais la ronde avec une bulle au fond d’un trou. Qu’y a-t-il de plus réel ? Qu’y a-t-il de plus sincère ? Je suis loin de mon corps, de cette camisole de chair. Que puis-je vivre à part cette existence nombriliste ? Le son n’est qu’une onde, un phénomène physique qui fait vibrer le tympan. Pourtant, rien ne se passe. Ce n’est pas le silence. Il n’y a aucun bourdonnement en fond. Suis-je déjà mort ? C’est vide de son, comme si je me réveillais dans la pièce la mieux insonorisée du monde. A trop rechercher les réponses, j’en perds les questions. Errer dans le néant n’est-ce pas une belle destinée ? Je n’y pense pas, je préfère danser aux côtés de cette entité intrigante. Sans une seule tentative de communication, je la comprends si bien. Mes yeux perçoivent un peu de lumière. Mes paupières se lèvent. Mes tympans vibrent à nouveau. Que se passe-t-il ? Je suis assis. Je n’ai pas bougé. Pourtant je suis persuadé que je dansais. Ai-je rebouché le trou ? M’a-t-on forcé à le faire ? Je n’ai pas rêvé, j’étais bel et bien conscient. Je ne comprends rien, et toi ? On ne me croira jamais. On ne me l’expliquera pas. Triste retour à cette illusion de vie. Peu à peu mes membres me font savoir qu’ils bougent encore. A quoi bon ? J’esquisse un semblant de sourire. Où étais-je encore parti ? Je pose les mains sur mes oreilles, essayant de retrouver cette sensation de vide sonore. Mais rien n’y fait. La voix monotone est encore perceptible. N’existe-t-il donc aucun algorithme pour savoir qui l’on est ? Je me sentais heureux là bas, mais ici la colère reprend le dessus. Je suis désabusé. Je demande l’heure. Il n’est même pas huit heures et demie. Le temps tente-t-il de régir nos vies ? Je pousserais bien les aiguilles jusqu’à ce qu’elle perdent elle-même la notion du temps. Le jour n’est pas la nuit et rien ne poussera le soleil à s’éteindre à jamais. Il serait si simple de lui dire de ne plus se lever, d’ouvrir les yeux face à sa médiocre utilité. J’ose encore espérer que la lumière n’existe plus. Plongé dans l’obscurité, les apparences disparaîtront, le toucher reprendra le statut royal qui est sien et mes yeux pourront se fermer à jamais. Le matérialisme oppressant de ce monde disparaîtra à son tour. La jalousie quittera vos corps. Inutile de posséder et d’envier les gens que vous croiserez, vous ne saurez pas ce qu’ils ont réellement. Le noir se fera appeler lumière, le jour et la nuit ne se distingueront plus. La futile notion du temps sera aveuglée par le peu d’importance qu’on lui portera. Je lutte pour ne pas trop me dissiper. Je ne tiens plus en place, je n’ai plus qu’une envie…sortir d’ici. Je n’ai rien à faire. La voix imitant le ton d’un sage, essaye de me rallier à sa cause. Je ne cèderais pas. Difficilement, je bataille pour ne plus l’entendre, mais je n’y arrive pas. Comment créer un processus interne ? Je hais tellement cet endroit. Je perçois mon cerveau qui tente de rejeter la voix monotone de ce professeur imbu de sa personne. Cela me donne mal au crâne mais je me sens moins seul dans cette lutte. J’ai souvent l’impression d’être un soldat : « Fais ce que je te dicte, ne réfléchis pas ». Je hais la hiérarchie en général. Il m’est impossible de me soumettre à un chef et d’obéir aveuglément. Je suis l’opposition, la raison qui ose penser différemment, la voix qui ose s’élever. Je n’ai que faire de votre hypocrite diplomatie, je l’ouvrirais tant que nous serons en désaccord. Je ne reproduirais jamais vos codes de communication.
Tout le monde veut être le chef de quelqu’un ; s’imposer avec un statut permet de dominer les faibles gens qui, pris par la peur, n’oseront plus donner leur avis. Seul le chef pense, parle et décide. Je n’en ai que faire. Je crierais jusqu’à ce que tu te taises, je te frapperais jusqu’à ce que tu comprennes que rien dans la nature ne te donne le pouvoir, et encore moins le droit, de m’être supérieur. Comme dit le conte de fée « les hommes naissent libres et égaux en droits ». Je hais votre système hiérarchique. Lorsque tu oses élever la voix pour rétorque au chef, il n’avouera jamais que tu puisses avoir raison. Seule sa connerie de pouvoir reflète dans ses yeux. Pour rétablir l’ordre naturel, il faut commencer à abattre cette pyramide et il suffit que la base commence à bouger et à casser les murs, pour que tout s’écroule. La peur est votre pire ennemie. Sans risque vous ne seriez qu’un mouton passant son inutile existence à errer. Pour mieux repartir, il serait si simple de refuser la servitude volontaire face à de « chefs » et face au système de la monnaie. Parler haut et fort, poser des bombes devant les banques et les institutions ! Pris dans mon élan de rage constructive, ma voix s’est élevée et d’un signe de la main, on me demande de sortir. Comment voulez-vous réveiller la masse lorsqu’au sein même du système éducatif, on vous impose et on vous apprend à respecter « l’autorité » quelque soit sa décision. Abandonner donc vos peurs. Sortir de votre cours, oser contredire un prof qui s’enterre dans son monde irréel de chiffres binaires. Rien que ces petits gestes quotidiens vous font trembler ?! Je hais votre hiérarchie, je le crie et je me dirige vers la porte. A quoi bon rester ici, je me rends malade pour quelque chose dont je n’ai que faire. A peine sorti de l’amphi, je vois une femme de ménage entrain de remettre en place une de ses collègues. Même la base de la pyramide veut être le chef de quelqu’un. Voilà donc la seule éducation que cet infâme système vous ait apprise ?
**** Chapitre 3 : Est-ce la vie ? ****
Je flâne dans la rue, perdu au milieu de nulle part, perdu dans mes songes. Je reste muet face à tant de médiocrité. Est-ce la vie ? Travailler pour assouvir ses désirs matérialistes, construire un cocon familial, passer sa vie à gagner du pognon pour le dépenser dans les loisirs ? Rien ne m’intéresse. Il y a énormément de faits banals qui prouvent mon désintérêt pour la vie. Je suis arrivé à un point de mon existence où il me faut affronter une certaine réalité. Suis-je suicidaire ? Je n’arrive plus à rester assis sur les bancs de la fac à écouter un prophète qui ne fait que lire le document qu’il nous a distribué. Je suis à la frontière du vide intérieur. C’est incroyable comme les mœurs essayent de te faire rentrer dans le moule, pourtant je n’ai qu’une envie travailler sereinement dans quelque chose qui me plaît : la musique. Je ne souhaite pas la richesse ou la gloire, je ne désire même pas un salaire important, je cherche simplement à trouver ma place entre les principes qui m’habitent et les « obligations » du système actuel. Quelques euros pour subvenir à mes besoins me suffiraient amplement, un boulot à mi-temps aussi, mais je ne peux faire de compromis sur le temps libre que je souhaite. Il me serait impossible d’imaginer une vie où je bosserais quarante heures semaines. Quand pourrais-je avoir du temps libre pour mes hobbies ? Je ne supporterais pas non plus d’avoir un patron qui m’impose des délais inhumains et des notions de profit. Je n’ai que faire de leur rendement et de leur course à la surproduction. D’ailleurs je ne comprends toujours pas pourquoi tant de personnes se laissent berner et adopte la surconsommation comme unique passion. Ces gens, surtout ceux qui gagnent à peine de quoi survivre, sont les premiers à se laisser embrigader par des publicités qui vantent la réalité du bonheur matérialiste. « Achète une télé à écran plat et tu seras heureux ». Quelle niaiserie ! La population est-elle si simple d’esprit qu’elle laisse son bon sens de côté au moment d’allumer le poste, de rentrer dans un supermarché ou de poser le regard sur une affiche ? Je ne comprends pas, je suis trop radical pour comprendre. Le choix est si facile et l’on a toujours le choix, quoi qu’on dise.
En effet c’est facile de dire qu’il faut travailler et avoir de l’argent pour vivre, c’est bien plus simple que de lutter. Par analogie, c’est tout aussi facile de ne pas faire le tri sélectif en prétendant que quelqu’un le fera à notre place. Il y a mille et un exemples du genre et au final on se retrouve avec une majorité de personnes qui passe leur vie à travailler pour gagner trois sous et qui oublie les valeurs justes telles que la protection de la nature ou tout simplement la liberté de penser et d’agir. J’ai peur…Ces gens, qui acceptent la servitude volontaire à l’économie, vont-ils se laisser séduire dans quelques mois par l’hypocrisie représentative de Sarkozy ?
Je viens tout juste d’avoir une proposition de job dans l’organisation de concerts. Immédiatement séduis, je ne peux laisser passer une telle occasion. Tout ça ne semble pas facile pourtant, rien n’est sûr pour cet emploi, l’association qui le propose étant presque au bord de la faillite. Je n’en ai que faire ! C’est ça mon rêve, alors que vous souhaiteriez sûrement avoir une grosse voiture, un compte en banque qui déborde de fric à ne plus savoir quoi en faire, moi je désire simplement travailler dans quelque chose qui me plaît. Je ne conçois pas de travailler autrement. Le travail est le prolongement de l’esclavage. Ce n’est rien de plus que l’exploitation de personnes auxquelles on laisse quelques miettes pour qu’elles puissent acheter des choses essentielles comme la nourriture, un toit mais qu’on force, par la publicité et le lavage de cerveau, à surconsommer à travers un matérialisme existentiel.
Où est donc la bulle qui me faisait danser, qui me réjouissait dans un néant intérieur lointain ? Où est passée cette joie de vivre, cette volonté à faire de nos vies quelque chose d’utile ? Chaque personne dont je croise le regard semble perdue, vide, oppressée. Dans la rue, les bribes de conversation qui parviennent jusqu’à mes oreilles ne sont que des préoccupations financières, matérielles,…Tout semble mort dans ce monde, l’être humain ne peut être réduit à une ambition professionnelle et une vie de famille « conforme ». Je ne veux pas être le énième mouton réduit à vivre ainsi. Ce serait si facile, mais je n’y arrive pas. Je ne peux céder à ce chantage de la majorité, je ne peux me soumettre à vos dogmes et vos mœurs. Mon esprit s’emballe rien qu’à la simple idée d’être toute ma vie emprisonné par des contraintes dont je n’ai que faire. Je veux retourner dans mes songes, m’échapper de cet ennui, disparaître dans l’oubli. Plus j’avance et plus la vie essaye d’anéantir mes passions et mes principes, mes envies et mes plaisirs.
Je m’arrête devant un bar plein à craquer, après un court instant je me lance, tête baissée, et ouvre la porte. Mon corps est là, mon esprit est las. Je m’assois, seul, à la plus grande table disponible. Et j’attends. Je m’enferme dans un mutisme pour me protéger de tout ce que j’entends, le masochisme toque à la porte de la raison. A quoi bon me défendre ? Plus je les entends, plus je vous entends, et plus la colère monte en moi. Les muscles tétanisés, le poing serré, le regard figé, il m’est impossible de sortir maintenant. Ces gens titillent la bulle d’une aiguille fine et pointue, certains appelleraient ça une phase de dépression, mais ce sera simplement une explosion. Les préjugés ont toujours eu leur place, bien rangé à côté des idées reçues et autres clichés, alors il serait si positif à leurs yeux, de leur dire que je suis fou. Je ne sais pas vraiment si je passe inaperçu ou si ma présence les agresse. Cela ne m’intéresse même pas de le savoir, en fait mon seul souci et de disparaître. Ils rigolent de bon cœur, vident leur troisième verre, ils arrachent un petit plaisir à leur vie, ils ne sont pas conscients. Se satisfaire du moins pire est toujours plus dangereux que d’accepter le pire. Ils ont l’impression, que la vie n’est pas si mal que ça…au fond. Leur misérable existence ressemble à une élection présidentielle…se satisfaire du moins pire…rien de plus.
J’aimerais être fou, me l’avouer en tout cas, mais c’est impossible. Vous pensez sûrement que du haut de mes vingt et un ans, je ne suis pas mature et que je suis toujours un adolescent en crise. Pourtant tout cela est le fruit des réflexions sur mon avenir. Vous aimeriez me dire que c’est normal de passer par là mais pas avec une telle rage envers la vie, le monde et les hommes, mais la différence entre vous et moi, c’est que je n’envisage pas mon avenir comme quelque chose d’égocentrique et d’individuel.
Ce serait magique de pouvoir être libre au milieu de votre société hypocrite mais toutes vos contraintes graviteront toujours autour de ce no man’s land. Je ne me sentirais pas libre tant que votre monde sera ainsi, tant que vous fermerez les yeux sur la médiocrité de votre système et l’inutilité de vos vies. Bien sûr, je n’écris pas pour convaincre des gens plein de convictions identiques aux miennes, mais bien pour faire réagir tous les autres. Que vous aimez ce que je dis ou pas, que vous m’enfermiez dans un asile ou pas, que vous adhériez à mes propos ou pas, votre prise de conscience sera décisive et c’est bien là le but actuel de ma petite vie. Je ne cherche en aucun cas à me sentir exister à travers l’utopie d’une révolution, je préfère laisser ça aux communistes. Mes doigts se forcent à écrire et cette rage constructive me force à vous poser cette question : Est-ce la vie ?
**** Chapitre 4 : Au plus profond du néant ****
Je retourne errer dans la ville, comme une ombre en plein désert. Des larmes invisibles coulent sur mes joues en les réchauffant. J’ai l’impression d’être un revenant, un esprit égaré, perdu, un être qui aurait vendu son âme à Satan en échange d’une errance éternelle. Mon esprit est tellement torturé que je ne prends même pas le temps de ressentir mon corps, mes gestes ne sont que pur automatisme. Peut-être est-ce la seule voie qui s’impose pour quitter cette enveloppe charnelle. Etre humain est bien la pire chose qui me soit arrivé, mais comme dirait Cioran, le pire est fait puisque l’on est né. Je ne cherche donc pas à quitter lâchement ce monde en me suicidant. Je suis déjà mort. Je reste là à vous regarder, à contempler les mensonges que vous vous racontez pour rendre votre existence incroyablement intéressante. Non, je ne quitterai pas votre réalité sans vous avoir poussé à bout, sans avoir mis toutes mes forces pour défendre les principes auxquels je crois. Cette bulle n’est-elle pas simplement une bombe à retardement ?
En plein centre-ville j’arrache les pavés de mon crâne pour y pénétrer à nouveau. L’attente est trop longue, je dois retourner danser et fêter votre vie. Une pierre après l’autre, je détruis la chaussée qui mène à l’esprit. Les regards me fixent, je les sens mais ne les vois pas. Le voile se pose sur mes yeux révulsés. Je regarde à l’intérieur de moi, je cherche une clairière de graviers cachée au fond d’une friche industrielle mosellane. Les vestiges rouillés d’une sidérurgie dépassée m’éblouissent de leur revêtement cuivré. Le tétanos guette les imprudents. Les broussailles métalliques, les chênes de barbelés s’agitent sous l’effet de ma présence. Les ruines de vos usines ne veulent pas me laisser passer, essayant de cacher encore aujourd’hui l’exploitation des ouvriers du charbon et de l’acier. Je me bats avec l’environnement qui m’a vu grandir, je me bats au sein même des mes souvenirs, rejetant et attaquant tout ce que je n’ai pu faire étant jeune et vivant. Finalement ce crassier, cette usine, ces tôles sont comme mon étrange esprit vacillant…poussiéreux, désaffecté, rouillé. Peut-être que je suis entrain d’esquisser mon salut, transformant ce cimetière d’acier en un joli monument. Il recevra des visiteurs ce haut-fourneau, entouré de son par terre d’herbe verte. Et on se rappellera de cette cadence infernale sur la chaîne, de cette surproduction pas toujours bien maîtrisée, de cet endroit que l’on n’osait à peine regarder. Les bruits de la sidérurgie résonneront à nouveau dans vos oreilles, et ils berceront votre deuil jusqu’à ce que vous l’acceptiez enfin. Ces vestiges de l’époque glorieuse de la vallée de la Fensch, vous oserez à nouveau les brandir et les montrer comme un exemple. Ils font parti de notre quotidien mais vous n’osez pose les yeux dessus. Ils ont fait couler tellement de sueur pour assouvir les bénéfices des actionnaires, que cette transformation vous apportera la lumière nouvelle. Un monument ou comment utiliser de l’espace inutilement, et pourtant, ils vous faudra bien ça pour marquer vos mémoires. Il est si facile d’oublier, d’effacer ou de refuser les souvenirs. Dans le vacarme industriel de mes pensées, je me vois déjà comme un monument, une usine désaffectée, un retour à mon essence. Avançant à travers les hangars, je me rappelle comme la poussière de fer tombée sur les légumes du jardin. Je me rappelle ces pluies de limaille qui me rafraîchissaient le visage durant l’été. Je me rappelle pendant les jours gris, les yeux par la fenêtre, mon esprit mélancolique qui fixait la fumée de la cokerie. Je me rappelle que cela fait partie de moi mais que je ne voudrais jamais y travailler.
Au bout de ce trou noir, mon regard s’est posé. Mon esprit s’est apaisé. Je discernais à peine les lettres de l’enseigne mais je savais au fond de moi que j’y étais. Cette boutique avait capté mes songes, me projetant sèchement sur le pavé. Le regard s’est arrêté. Je me relevais difficilement sans les quitter des yeux, je ne voulais pas que ce mirage s’éloigne. Ils étaient là, juste en face de moi, arborant joyeusement leur valeur. Une simple plaque de verre les séparée de moi, la tentation était trop forte. Mon cœur battait le bonheur. Et, dans un silence absolu, j’ai poussé la porte.
**** Chapitre 5 : Rituel ****
Je n’en reviens toujours pas. Etais-je déjà mort ? Si vite ? Sans rien sentir ? Ils me contemplaient comme pour me tenter. Ils y en avaient tellement que je ne savais par où commencer. Ca aurait pu sentir l’encens brûlé, le thé au jasmin, mais non. Il n’y avait rien de tout cela. J’arrivais à peine à discerner la musique de fond, ils m’obsédaient trop. J’étais planté dans l’entrée, à ne pas savoir où aller. Un face à face qui aurait pu durer des heures, nez à nez avec ces merveilles. J’avançais doucement vers les premiers qui se trouvaient juste en face de moi. Je touchais le premier, le sorti et j’admirais longuement ses courbes, ses tronçons. La galette resplendissait grâce aux reflets des rayons du soleil qui traversaient la vitrine. Il n’y avait rien à redire, celui-ci était parfait. Tout était parfait. L’heure, le lieu, la galette, la pochette. Je retourne cette dernière et là, je reste bouche bée. 1989. C’était l’édition originale du « Agent orange » de Sodom avec la pochette ouvrante et un état irréprochable. J’avais quatre ans lorsque ce disque est sorti et pourtant cela me fascinait. J’oubliais tout. Mon esprit était captivé. Huit euros seulement. Je ne pouvais louper cette occasion. La boutique débordée de perle du genre. Je décidais donc de passer plus d’une heure à scruter chaque bac de disques et lorsque j’avais fini, je recommençais encore. J’étais prêt à me ruiner, à vendre ma raison pour cette collection inestimable à mes yeux. Mais bien vite, une main se posa sur mon épaule. La faucheuse me regardait avec un rictus au coin de ses os en m’indiquant les petites étiquettes blanches arborées fièrement par toutes ces pochettes plastifiées. Il faut être naïf pour croire que je trouverais ici des occasions plus belles que les autres. C’est comme si j’avais brouillé l’étiquette de toutes mes forces, mais le prix s’était remis à clignoter comme l’enseigne d’un casino à Las Vegas. Mais comment font-ils ? N’ont-ils aucune éthique pour vendre ça à vingt-cinq euros ! Il faut savoir qu’un vinyle pressé à cinq cents exemplaires revient à trois euros l ‘unité. Vous vous rendez compte ? Naïvement je pensais que la musique était un domaine de passionnés comme moi, et là, en un rien de temps, me voilà à six pieds sous terre, découvrant que même ici, dans mon petit univers, de malhonnêtes gens jouent sur les prix et la rareté pour faire fructifier leurs biens. Le temple est en feu, votre réalité me menace à nouveau, ici, chez moi, dans cette petite contrée de plaisir. L’ennemi est à la porte, brandissant la facture ; il va falloir payer ! Mais le sang ne coulera pas aujourd’hui, je prends celui à huit euros et je m’en vais en faisant attention de ne pas être suivi. J’ai la rage au ventre, l’adrénaline monte, je suis prêt à exploser. Je n’ai plus qu’une envie…hurler ; hurler ma colère comme dans ces films où le protagoniste est ridicule face à tout ce qui l’entoure. Il crie mais on l’entend à peine, et la caméra fait un dézoom. On n’entend toujours pas le type, on commence à le perdre de vue. Il est de plus en plus petit et il ne cesse de rétrécir. Il est minuscule. Il a disparu.
A ce moment il reste deux solutions, soit le film se termine, soit il se passe un miracle. J’aurais aimé pencher pour la première solution, pour ne pas voir le cheval bien nommé arrivé tout droit du film de Mel Brooks ; mais bon…on ne peut se refuser à l’humour anglais. Mon cheval miracle arriva donc au galop pour me sauver ; il en profita pour gagner le grand prix de Vincennes sur le chemin, mais ce n’est qu’anecdotique. Le principal, c’est que j’allais pouvoir hurler à nouveau.
---- Livre avorté au chapitre 6 ----
Ce bouquin ne verra jamais le jour. La rage constructive m’avait poussé à vouloir jeter une grenade de papier à la gueule du monde. Envahir un réseau conservateur pour que ça pète fort. Mais finalement, non.
La motivation s’est égarée. Ce n’est pas une grande perte de toute façon…Il suffit de regarder la bouffonnerie qu’on appelle élection pour se rende compte que le monde de moutons veut rester monde de moutons. Les gens ne s’intéressent qu’à leur propre personne, alors que moi, comme un idiot, j’étais prêt à donner mon temps et mon énergie pour les aider…
Rester donc dans votre conservatisme égocentrique de petits merdeux,de toute façon je ne sais pas qui aurait accepter de sortir mes pages et je m’en fous. A force d’y avoir réfléchi, j’ai bien compris que la place de ces textes, même si ça devait être pour déranger, n’était pas dans un bouquin avec une jolie couverture cartonnée, mais simplement dans un égozine fait maison…mais malheureusement destiné à un public qui a plus ou moins la même démarche que moi…Ca ne pètera pas cette fois donc…Ce n’est que partie remise…dans une autre vie…par un autre regard…
Je n’ai jamais su où j’allais en écrivant ces mots. J’étais bien content de pouvoir me tirer de cette bande de moutons boutonneux qui partageaient les bancs de la fac avec moi…mais ce qui m’a donné cette envie, ce boulot qui a miroité comme l’opportunité qui allait sauver ma survie dans cette société, s’avère bien fastidieux. Et le plein temps qu’on m’annoncé, à organiser des concerts comme je le souhaitais, sans contrainte de bénéfices et sans contrainte de style, a bien vite tourné au cauchemar. En effet lors du premier concert, tout m’était imposé, j’étais un pion au milieu de la promo de PHAZM et DARWIN’S THEORY. Et à vouloir voir trop grand, en prenant une MJC de Jarny pour le Galaxie, en louant je ne sais combien de sono (inutile !) et de light (abusé !) et en n’attirant que 50 pelés…l’assos a perdue 700 boules comme des blaireaux !
A partir de là, plus personne ne voulaient plus rien faire.
Alors j’ai imposé les concerts dans les bars. Moi je me fais plaisir, j’invite des groupes qui ne se prennent pas pour des re-sta parce qu’ils ont sorti deux albums chez Osmose prod. Et pourtant je tombe sur des enfoirés, des merdeux qui osent me sortir « on ne joue pas dans ce troquet, il est trop petit, donc pas assez de monde, donc pas assez de benef. » De tous les bars où je tournais gratos avec KAISER, je n’ai jamais entendu autant de conneries du genre que depuis le début 2007. A croire qu’en entendant le-petit-nerveux-qui-a-la-bombe-maintenant ils ont pensés qu’ils allaient être intermitent le soir, travailleur le jour, déclarer plus, pour gagner plus (surtout l’Etat oue !). N’importe quoi !
Les BLACK BLEEDING ou le trio de métalleux décalés qui joue un mix de death oldschool, de thrash oldschool et qui reprend TWISTED SISTER. L’esprit punk et do it yourself. Ils jouent ensemble depuis dix ans, ils ont sorti une demo-tape en 2005 et ils ont fait un groupe de bal musette pour aller jouer devant les gosses hospitalisés. Je me rappelle encore du vieux combo basse sur scène, leur « arme secrète » comme ils disaient…il ne restait que le boomer en fait et la façade s’ouvrait pour laisser apparaître un mini-bar avec plein de bières belges qu’ils avaient ramené pour l’occaz. Vraiment un chouette groupe…
Il y a ensuite les espagnols de KATHAARSYS. Ha putain, quel groupe ! Le genre de mecs dont je suis admiratifs…ils font un excellent black/death métal progressif avec une chouette production pour de l’underground. Leur album était passé complètement inaperçu lorsqu’ils l’ont sorti en autoprod. La réédition sur un label mexicain, n’a pas non plus marché très fort et pourtant, grâce au Foedus Aeternus Zine de l’ami Mrick, j’ai découvert ce truc incroyable. Dès que j’ai pu je les ai invité, ne serait-ce que pour mon propre plaisir (surtout en semaine à Marange, faut dire que c’est toujours vide ha ha). Malheureusement comme d’habitude, les gens restent au bar écoutant de l’autre côté de la salle. Pas d’entrées, vingt boules pour dépanner les espagnols…mais le pire c’est l’ambiance de merde avec cette bande d’enfoirés de machos qui ont fait les relous avec la bassiste pendant tout le concert ! Je n’en peux plus de ce genre de public…
Voilà, le dernier texte de tous les numéros de Brut. L’ambiance de ces dernières semaines me pousse à m’ouvrir comme jamais pour éviter de retomber dans un je ne sais quoi passé. Je croyais avoir enterré ça depuis longtemps, via Brut ou autres textes de LIFELESS et pourtant…
Brut, j’y ai beaucoup réfléchi depuis le début. Parfois pur égozine, parfois plus zine dédié à la zik. En fait je n’ai jamais su comment s’est guidée mon écriture. Brut, pas forcément comme le style d’écriture. Parfois auto-censuré, parfois pas. Je fixais consciemment ou pas mes propres limites. Brut, je crois savoir maintenant. Brut comme les moments que j’ai vécu juste avant de commencer le premier numéro. J’ai déjà glissé des phrases en rapport, je penser en avoir fini. Mais voilà je réécris pour éviter que le cercle de la vie se répète.
Brut, comme une cassure au bout de deux ans. Brut, comme une mauvaise nouvelle qui tombe dans le mois qui suit. Brut, comme la violence qui m’habitait après quelques verres lorsque j’arrachais tout dans mon ancien appart. Brut, comme ce vieux cutter tout rouillé que j’enfonçais dans mon bras en me roulant par terre, en hurlant et en chialant tout ce que je pouvais. Brut, comme les quatre mois que je passais ensuite à subir le vide total dans tous les domaines. Brut, comme ma manière d’empoigner les filles qui croisaient mon chemin durant ces quatre mois. Brut, comme des retrouvailles inespérées. Brut, comme tout ce mal qui n’était pas nécessaire. Brut, voilà d’où vient ce putain de zine !
Je relis en gros les anciens numéros et l’apaisement se sent au fur et à mesure des textes. Après quatre mois de rupture totale je refaisais parti du quotidien de la vie. Depuis cette reprise en trombe, j’allais souvent à Nancy. Dès que j’avais presque une demi-journée de libre, je partais. Je ne me satisfaisais plus de ne la voir que les week-ends. L’année suivante, on revient presque à ne se voir que les week-end à cause de nos vieux horaires de fac (enfin surtout moi) et puis c’est le grand saut. On décide de choper un appart en commun. Le grand saut mais on n’avait vraiment pas pensé à le faire à l’élastique. Mettons ça sur la fougue des sales gosses qu’on est. Concession pour concession, on se rapproche de la gare, elle chope le train matin et soir, passe plein de temps dans ce putain de train. Le pied, tout est parfait pour moi. On vit ensemble, on fait de la zik ensemble et on a même commencé à écrire Brut ensemble. Mais voilà, l’hiver approche et pendant la saison du black métal il faut toujours se méfier du loup qui sommeille derrière le sapin. (houlà, je fatigue, mais bon ça fait black métal cette phrase ha ha). Bref, avec les horaires de merde qui se foutent en place, on se voit vite fait le matin et vite fait le soir. En gros, à quoi ça sert d’avoir cet appart ?! Je commence à être bien gavé de la fac, donc je fais plus de zik, donc j’ai moins de temps à partager. Elle essaye d’en parler, moi je bloque, y’a rien à faire je sais pas parler de ce que je ressens. Effort par-ci, effort par-là, j’essaye de partager le plus de moments possibles tout en continuant sur le même rythme pour tout ce qu’il y a autour. Arrive le gros coups de fatigue, la (très) mauvaise humeur qui va avec et voila…va falloir essayer de parler…non je bloque…j’ai pas à dire mes sentiments, c’est ma fragilité à moi et c’est tout. De corde en clou ou de fil en aiguille, on arrive au voyage londonien prévu et offert depuis un moment. Que faire ? On comptait là-dessus pour se retrouver, pour tenter de revivre notre premier week-end à Strasbourg, il y a quatre ans. Au final, à trop se donner du mal pour recoller une maison avec un stick d’UHU, ça a m’a parut une énorme parodie qui dès le retour en France a tout simplement explosé.
Le cercle de la vie, on retourne toujours sur le point de départ. Le point zéro. Et que tous ceux qui croient en une quelconque apogée s’arrêtent tout de suite. La marge est infime entre le max et le point zéro. On y passe sans s’en rendre compte parce qu’on a voulu aller trop loin sans attendre l’autre au bon endroit.
Il est temps de faire les funérailles de quatre ans de plaisir et d’écrire une ligne Ephémère pour s’en souvenir à jamais.
Revivre…